L'ÉPOUSÉE

Elle est fragile à caresser,

L'Épousée au front diaphane,

Lis pur qu'un rien ternit et fane,

Lis tendre qu'un rien peut froisser,

Que nul homme ne peut presser,

Sans remords, sur son coeur profane.

La main digne de l'approcher

N'est pas la main rude qui brise

L'innocence qu'elle a surprise

Et se fait jeu d'effaroucher,

Mais la main qui semble toucher

Au blanc voile comme une brise;

La lèvre qui la doit baiser

N'est pas la lèvre véhémente,

Effroi d'une novice amante

Qui veut le respect pour oser,

Mais celle qui se vient poser

Comme une ombre d'abeille errante.

Et les bras faits pour l'embrasser,

Ne sont pas les bras dont l'étreinte

Laisse une impérieuse empreinte

Au corps qu'ils aiment à lasser,

Mais ceux qui savent l'enlacer

Comme une onde où l'on dort sans crainte.

L'hymen doit la discipliner

Sans lire sur son front un blâme,

Et les prémices qu'il réclame

Les faire à son coeur deviner:

Elle est fleur, il doit l'incliner,

La chérir sans lui troubler l'âme.