PÈLERINAGES

En souvenir je m'aventure

Vers les jours passés où j'aimais,

Pour visiter la sépulture

Des rêves que mon coeur a faits.

Cependant qu'on vieillit sans cesse,

Les amours ont toujours vingt ans,

Jeunes de la fixe jeunesse

Des enfants qu'on pleure longtemps.

Je soulève un peu les paupières

De ces chers et douloureux morts;

Leurs yeux sont froids comme des pierres

Avec des regards toujours forts.

Leur grâce m'attire et m'oppresse,

En dépit des ans révolus

Je leur ai gardé ma tendresse;

Ils ne me reconnaîtraient plus.

J'ai changé d'âme et de visage;

Ils redoutent l'adieu moqueur

Que font les hommes de mon âge

Aux premiers rêves de leur coeur;

Et moi, plein de pitié, j'hésite,

J'ai peur qu'en se posant sur eux

Mon baiser ne les ressuscite:

Ils ont été trop malheureux.

JUIN

SONNET.

Pendant avril et mai, qui sont les plus doux mois,

Les couples, enchantés par l'éther frais et rose,

Ont ressenti l'amour comme une apothéose;

Ils cherchent maintenant l'ombre et la paix des bois.

Ils rêvent, étendus sans mouvement, sans voix;

Les coeurs désaltérés font ensemble une pause,

Se rappelant l'aveu dont un lilas fut cause

Et le bonheur tremblant qu'on ne sent pas deux fois.

Lors le soleil riait sous une fine écharpe,

Et, comme un papillon dans les fils d'une harpe,

Dans ses rayons encore un peu de neige errait.

Mais aujourd'hui ses feux tombent déjà torrides.

Un orageux silence emplit le ciel sans rides,

Et l'amour exaucé couve un premier regret.