III
Aussi loin qu'aux clartés du plus limpide azur
Que jamais sur la sphère ait tendu le ciel pur,
L'œil saisit des objets les formes apparues,
On découvre toujours des jardins et des rues
Marquant de leurs piliers des parcours infinis,
Des temples, vaste amas de marbres, de granits,
Des palais de porphyre énormes et splendides,
Et s'élançant des eaux de hautes pyramides
Plus vieilles que le temps, et dont l'Éternité
N'ébréchera jamais le profil respecté.
Cependant sur le lac tout est tumulte et joie,
Et l'animation largement s'y déploie;
Le commerce, l'amour et le culte des dieux
Y forment un spectacle étrange et radieux.
Une procession sur les marches des temples
Avec ses prêtres blancs vêtus de robes amples
Se développe au son des cymbales d'argent.
Des embarcations au sillon diligent
Descendent vers la mer, venant de ces contrées
Qu'assourdissent du Nil les chutes effarées,
Avec leur cargaison riche comme un trésor,
Plumes, gemmes, parfums, ivoire et poudre d'or,
Au passage exhalant l'odeur aromatique
Que prennent les vaisseaux au soleil exotique.
Ici des pèlerins, enfants de tous pays,
Avant de repartir pour Bubaste ou Saïs,
Dans une baie ombreuse où l'onde est plus tranquille
Poussent l'esquif léger avec la rame agile.
D'autres sous les lotus bercent leur frais sommeil,
Ou par des chants joyeux se tiennent en éveil.
Plus loin des acacias parfument de leurs grappes
Une plage où du lac fendant les claires nappes
Folâtre un jeune essaim de riantes beautés
En attraits surpassant les charmes si vantés
De celle dont la chaîne aimable au captif même
Tint deux maîtres du monde et rompit au troisième.
IV
.............. Astre dont le rayon
S'épanchant sur le monde aux heures taciturnes,
Fait éclore le rêve avec les fleurs nocturnes,
Non cette lune froide et brumeuse du nord,
Versant aux jeunes cœurs, comme un philtre de mort,
Le sang pâle et glacé de la vestale chaste;
Mais l'ardente Phœbé qui règne dans Bubaste,
Et ne voit rien, du haut de son brillant séjour,
Chez l'homme et chez les dieux d'aussi beau que l'amour!