PLANCHE XIV.

(P. 13, 14, t. V de l'Edition royale.)

La ressemblance qu'on saisit entre ce buste et le précédent, peut y faire reconnaître le même personnage, Démosthène. Plus grand, mieux conservé, on remarque dans les traits plus de jeunesse et une expression plus vive; mais, dans tous les deux, on trouve ce trait caractéristique qui rappelle cette difficulté dans l'articulation, vaincue par la constance de l'orateur, la lèvre inférieure très-mince, et comme attachée aux dents. Plutarque, dans la vie de Démosthène (l. II, p. 847) fait mention de deux statues, qu'on voyait à Athènes en deux lieux différens. On lisait au bas de la statue de bronze, cette inscription, posée par les Athéniens: «Si la valeur de Démosthène eût égalé son éloquence, la Grèce ne serait point encore vaincue ni asservie au Macédonien. Sa statue, ajoute-t-il, est placée près le Perischœnasma (ou enceinte de cordes) à l'autel des douze Dieux: c'est l'ouvrage de Polyeucte. Par la suite, et après sa mort, les Athéniens lui érigèrent une statue dans le Forum, sous l'archonte Gorgias». On pourrait croire que, entre ces deux statues, il existait la même différence que l'on remarque dans nos deux bustes. Dans le premier, Démosthène est calme et serein, tel sans-doute qu'il parut après avoir pris le poison, ainsi que le décrit Lucien, intrépide et riant. Dans celui-ci, c'est l'orateur foudroyant, tel que le peint une épigramme de l'Anthologie (V. 3.) d'après une statue de bronze: «Mais il n'était point tranquille; enveloppé dans de grandes pensées, il roulait dans son esprit de profonds desseins; tel il s'élevait en fureur contre les Macédoniens. Certes, cette image morte semblait lancer de ses lèvres les paroles ardentes; mais l'art l'en empêchait, l'art qui l'avait enchaîné dans le bronze le forçait à se taire».

Hauteur, 11 p°.