LA MUETTE
CHANSON
Air: Je vous prêterai mon manchon.
Dans un bosquet, près de Lisette,
Colin parloit de ses amours;
La belle faisoit la muette,
Par signe approuvant son discours.
«Que dois-je,» dit-il, «penser de ce geste;
»Si ton cœur ne me dit le reste?
»Mais, Mamzelle Louison, répondez donc,
»Dites oui ou non,
»Comment trouvez-vous ça?
»Suis-je bien là?
»Comment trouvez-vous ça?»
Dans son silence elle s'obstine;
Colin, pour la faire jaser,
Sur la bouche de la mutine
Prend et reprend un doux baiser.
«Je sens,» dit-il, «qu'il augmente ma flamme;
»Mon feu passe-t-il dans ton âme?
»Mais, Mamzelle Louison, etc.»
«Ma foi je n'y puis rien comprendre,»
Dit-il, en découvrant son sein;
«Quoi! faut-il, pour te faire entendre,
»Promener là-dessus ma main?
»Je vois, je sens que mon âme est joyeuse;
»Ah! tu n'es donc pas chatouilleuse?
»Mais, Mamzelle Louison, etc.»
Pas un mot, pas une parole.
«Ma foi,» dit-il, «tu parleras;
»Je suis pressé, le temps s'envole.»
Soudain il la prend dans ses bras.
Puis avec elle il tombe sur l'herbette:
«Eh bien! à qui tient-il, Lisette?…
»Mais, Mamzelle Louison, etc.»
Lise, d'un œil mourant et tendre.
De Colin imite l'ardeur;
Et sans songer à se défendre
Souffrit qu'il fût trois fois vainqueur.
«Eh bien!» dit-il, «sens-tu comme je t'aime,
»A présent m'aimes-tu de même?
»Mais, Mamzelle Louison, etc.»
—«Ah! fort bien!» lui répond Lisette,
Laissant échapper un soupir;
»Le désir me rendoit muette,
»Mais je parle, grâce au plaisir.
»Ami, tu peux à présent sans obstacle
»M'interroger.—Ah, quel miracle!
»Quoi! Mamzelle Louison, vous parlez donc?
»Le tour est bon;
»Vous parlerez demain
»Avec Colin,
»Vous parlerez demain.»