L'OBSTACLE

CONTE

A quoi bon prodiguer les mots?

Tous nos Conteurs, pour l'ordinaire,

S'épuisent en avant-propos;

N'en faisons point, allons droit à l'affaire.

Un Jouvenceau taillé pour plaire,

Après avoir bien soupiré,

Menti, promis et conjuré

(C'est des amants le langage vulgaire),

Parvint près de sa belle au moment désiré:

Il touchoit à son but, quand, par triste aventure,

Sans pouvoir avancer d'un pas,

Il se démène, il souffle, il sue, il jure;

On peut, je crois jurer en pareil cas.

Disons le fait: Dame Nature

Avoit fermé d'amour la gentille serrure,

Si bien que la clef n'entroit pas.

Certain barreau… mais on m'entend de reste;

Qu'Amour, jeunes beautés, veuille vous préserver

D'un accident aussi funeste!

Ainsi soit-il. Venons à notre Amant:

Le désir de ses sens par l'obstacle s'enflamme.

Il redouble d'efforts, mais inutilement;

D'amour et de colère il enrage en son âme:

On peut se fourvoyer, quand on marche à tâton.

Son chalumeau, déjà baissant d'un ton,

Dans le sentier voisin… Arrêtons, et pour cause:

Car ce sentier… ma foi, je n'ose

Vous le nommer; mais je peux, sans qu'on glose,

Dire que sa Vénus ne fut plus qu'un Giton.

A ce nouvel assaut n'étant point préparée,

En vain la belle imperforée

Lui crie: «Arrêtez donc, quel est votre dessein?

»—Rien de plus simple que la chose,»

Répond le gars; «chez vous je trouve porte close:

»J'écris mon nom chez le voisin.»