LE LENDEMAIN DES NOCES

FOLIE DIALOGUÉE

«Hier soir, ma chère maman,

»Tout bas vous me fîtes entendre

»Que la nuit je devois m'attendre

»A passer un mauvais moment.

»Tout en tremblant, pauvre innocente,

»J'attendois cet instant fatal…

»Hélas! le bon Monsieur Chrysante

»Ne m'a pas fait le moindre mal.

»—Est-il vrai, ma fille?—Au contraire,

»Il ne m'a fait que du plaisir.

»Quand nous fûmes au lit: Ma chère,

»Je puis t'embrasser à loisir,

»Dit-il; aussitôt il me baise

»Sur chaque joue… et même…—Eh bien,

»Comment tu rougis, ma Thérèse?…

»Qu'a-t-il fait? ne me cache rien.

»—Vous m'aviez, qu'il vous en souvienne,

»Défendu de rien refuser…

»—Sans doute. Auroit-il?…—Sur la mienne

»Sa bouche prit un doux baiser.

»—Et puis?…—Il me dit à l'oreille:

»Bonsoir, et s'endormit soudain.

»—Ma pauvre enfant!… Et ce matin?

»—Ah! plus tendre encor que la veille.

»II me dit d'un air caressant:

»Ma chère femme, je t'adore,

»Et me le prouve en m'embrassant.

»—Et puis?…—Puis il m'embrasse encore.

»—Ensuite?—Du lit il descend,

»Afin, dit-il, que je repose:

»Peut-on être plus complaisant?

»—Il ne t'a pas fait autre chose?

»—Eh! non; c'est l'homme le plus doux:

»Maman, vous lui faites injure…

»Quoi! vous pleurez?… Mais je vous jure

»Que je n'ai pas de mon époux

»Reçu la moindre égratignure!»