LE MARCHAND DE LOTO

ÉTRENNES AUX DAMES

A mon loto, soir et matin,

Sous vos doigts un brillant destin

Portera des boules heureuses;

Ce que j'assure, je le sais:

Si vous en êtes curieuses,

Mesdames, faites-en l'essai

A mon loto.

Un peu de secours fait grand bien;

Tant soit peu d'art ne nuit à rien,

Il faut quelquefois s'en permettre;

C'est mon avis; on ne sauroit

Le dédaigner et se promettre

Tout l'avantage qu'on auroit

A mon loto.

Jamais une joueuse habile

Ne tint son sachet immobile:

Il faut l'agiter prestement.

Il faut que mollement pressée

Entre ses doigts légèrement

La boule ait été caressée,

A mon loto.

Selon son goût ou son talent,

On a le tirer prompt ou lent:

Il n'y faut aucune science,

Ou s'il en faut, il en faut peu;

Un quart d'heure d'expérience

Suffit pour bien jouer le jeu,

A mon loto.

De celles qu'un ambe contente.

Il se plaît à tromper l'attente,

Fi de l'ambe! il est trop commun.

D'un terne la chance est mesquine;

D'un terne? Oui, de deux jours l'un,

Je puis vous répondre d'un quine,

A mon loto.

Au quaterne, par accident,

S'il se réduit en attendant,

La perte est bientôt réparée.

Le jour qui suit ce jour fatal,

On peut compter sur la rentrée

De l'intérêt du capital,

A mon loto.

Mais de la superbe machine

Le pouvoir merveilleux décline

De jour en jour; c'est son défaut.

Je vous en préviens, blonde, ou brune;

Vous n'avez que le temps qu'il faut,

Si vous voulez faire fortune

A mon loto.

Ma demeure est à Vaugirard,

Tout vis-à-vis maître Abélard,

Qui montre aux enfants la musique:

L'on se pourvoit, ou l'on souscrit.

Sous mon enseigne magnifique,

En lettres d'or, il est écrit:

AU GRAND LOTO.