IV
Le Juif errant est précipité du haut d'un chameau en Arabie.
Il était arrivé dans les sables du désert de l'Arabie Pétrée. Le soleil, levé de grand matin, avait de toutes parts échauffé ces plaines effroyables, et, par intervalles, de longs tourbillons de poussière l'enveloppaient et desséchaient son gosier. Il souffrait un tourment mille fois plus cruel que la mort. Néanmoins il marchait toujours, trempé de sueur et vacillant. Ce supplice dura presque toute la journée. Enfin, vers le soir, il rencontra quelques chameliers et leur demanda un peu d'eau et un peu de pain; ils lui offrirent un gâteau d'orge et une outre dans laquelle était une boisson fermentée. Pendant qu'il se rafraîchissait, l'un d'eux, touché en voyant quelle était sa lassitude, le prit entre ses bras et le plaça sur la selle de sa monture. A peine l'avait-il assis, que le chameau se cabra et s'agita comme s'il avait eu sur le dos une masse de fer rouge; on essaya de le calmer: il s'emporta, il devint furieux. Et une voix retentit dans l'immensité du désert: Marche, marche, marche! En entendant ces paroles, les chameliers furent épouvantés; ils firent descendre Laquedem, et bientôt ils disparurent.