VI
Départ de Sifroy.
Les préparatifs étant terminés et le jour du départ venu, le comte appela tous ses domestiques, et, après leur avoir recommandé l'obéissance envers sa chère femme, il prit son favori par la main et, le présentant à Geneviève, il dit: «Madame, voici Golo à qui je laisse le soin de vous consoler. L'expérience que j'ai de sa fidélité me fait espérer que l'ennui que va vous causer mon absence sera en quelque façon tempéré par le zèle de ce bon serviteur.»
Mais Geneviève ne songea guère à Golo; elle se pâma en voyant venir l'heure du départ; on la releva, elle retomba par trois fois. Tous les domestiques coururent aux remèdes pour rappeler son âme qui semblait s'enfuir, soit douleur de voir partir Sifroy, soit crainte de demeurer sous la conduite de Golo.
Le comte, qui avait aperçu le changement qui s'était fait sur le visage de la comtesse lorsqu'il lui avait parlé de la fidélité de son favori, baissa les yeux et dit: «C'est à vous seule, reine du ciel, glorieuse mère de mon Sauveur, que je laisse le soin de ma chère Geneviève.
--Allez, Sifroy, reprit Golo; allez hardiment où vous appelle l'honneur. Ne craignez pas qu'il arrive aucune disgrâce à votre femme; vous ne pouvez la mettre en de plus sûres et en de plus fidèles mains que les miennes.»