VIII

Bataille de Tours.

Avant de commencer la bataille, Charles parla ainsi à ses soldats:

«Compagnons, je vois bien que vous brûlez d'en venir aux mains et qu'il ne vous faut point faire de longs discours.

«Ne cherchons pas dans les siècles passés des exemples de courage et de vertu; donnons-en plutôt à la postérité. Et cela nous est facile aujourd'hui; il faut vaincre, amis, il faut vaincre. Quand nous aurions résolu de rester insensibles à nos intérêts, à la ruine de nos maisons, au carnage fait dans nos villes, à la désolation de nos femmes, l'injure faite à Dieu et à la religion chrétienne [13] suffirait.

Note 13:[ (retour) ] Les Arabes voulaient conquérir le monde au nom du dieu de Mahomet.

«Compagnons, il s'agit de défendre ce Dieu que nous adorons, ces saints que nous honorons, cette religion que nous professons. Permettrez-vous à ces Maures [14] d'outrager chez nous notre Église?

Note 14:[ (retour) ] On appelait les Arabes du nom de Maures, parce qu'avant d'occuper l'Espagne, ils s'étaient d'abord établis, sur les côtes de l'Afrique, dans l'ancienne province de Mauritanie, qui comprend aujourd'hui l'Algérie, Tunis, Tripoli et une partie du royaume de Maroc.

«Allez, chers compagnons, allez combattre pour la gloire de la France. Le glorieux saint Martin [15] est avec vous; c'est sous les murs de sa ville que nous allons vaincre. En avant! Pour notre Dieu et pour notre patrie qui doit un jour gouverner le monde!»

Note 15:[ (retour) ] Patron de Tours.

Le frémissement des soldats s'était accru à chaque phrase. Ils s'écrièrent: «En avant!» avec leur chef, et coururent au combat. Comme des lions ils écrasèrent l'armée des infidèles. Les Sarrasins s'enfuirent, laissant sur le carreau leur roi et trois cent soixante-quinze mille morts.