Algérie.

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE.
(Suite.--Voyez page 18.)

Description de la Province d'Oran.--La province d'Oran contient non-seulement tout le territoire qui formait anciennement la Mauritanie Césarienne, mais encore une grande partie du bassin du Chelif. Ses limites sont, à l'est, l'ancien beylik de Titteri; à l'ouest, le Maroc;

(Colonel Cavaignac.) au sud, le désert; au nord, la Méditerranée. La nudité presque complète et le déboisement à peu près général de la partie de la province qui avoisine la mer, frappent désagréablement les yeux. Les populations nomades qui parcouraient ce pays sont cause de cette désolation. Les Arabes n'ont jamais planté, mais constamment détruit par le parcours des troupeaux et l'incinération des pâturages. La côte a peu de bons abris pour les navires de grande dimension; cependant les ports de Mers-el-Kebir et d'Arzew peuvent recevoir des bâtiments de guerre.

Rivières.--Les principaux cours d'eau de la province d'Oran sont: le Chelif, le Rio-Salado (Oued-el-Maleh), l'Habrah, (surnommé Macta gué), à son embouchure, le Sig, l'Oued-el-Hammam (rivière du bain), la Mina, l'Oued-Foddali (rivière d'Argent).

[Illustration:]

Le Chelif, qui sort par soixante-dix sources du pied des monts Ouennaseris, est la rivière la plus considérable de l'Algérie, tant à cause de la longueur de son cours que du volume de ses eaux. Les Arabes

l'appellent le roi des fleuves, et prétendent, avec leur exagération habituelle, que, comme le Nil, il croît en été. Le Chelif a son embouchure au-dessus de Mostaganem, et ne paraît navigable, en remontant son cours, que dans une longueur de sept ou huit lieues au plus.

Villes.--Les principaux points de la province sont, après Oran, Mascara, Tlemsen, Mostaganem, Mazagran, Arzew.

[Illustration; (Mustapha ben Ismaël.)]

Oran, en arabe Ouahran, est bâti au bord de la mer dans une position très-pittoresque. Cette ville s'élève sur deux collines séparées par un ravin assez profond, dans lequel coule un ruisseau (Oued-el-Rahhi, rivière des Moulins), dont la source est légèrement thermale. Les deux principaux quartiers de la ville sont situés à droite et à gauche de ce

(Mustapha ben Ismaël.) ravin, qui débouche sur la plage, ou se trouve un autre quartier appelé la Marine, moins considérable que les deux premiers. Oran a été occupé par les Espagnols pendant près de trois siècles. Des travaux prodigieux de communications souterraines et de galeries de mines, un magnifique magasin voûté avec un premier étage sur le quai Sainte-Marie une darse, et sept autres magasins taillés dans le roc, des casernes, trois églises, un collysée, ou salle de spectacle, tel est l'ensemble des ouvrages élevés par les Espagnols dans un lieu qui avait mérité d'être appelé, pour ses agréments, la Corte Chica (la Petite Cour.) Un tremblement de terre, survenu dans la nuit du 9 octobre 1790, causa d'affreux ravages dans la ville. Deux ans après, en mars 1792, les Espagnols l'évacuèrent, l'abandonnant au bey Mohammed, gouverneur de la province pour les Turcs. Après la conquête d'Alger, le commandant de l'armée française envoya des troupes prendre possession d'Oran, dans les premiers jours d'août 1830. A la nouvelle de la révolution de Juillet, les troupes furent rappelées à Alger. Oran, momentanément cédé au bey de Tunis, après avoir été occupé une seconde fois, le 10 décembre 1830, le fut d'une manière définitive le 18 août 1831. L'importance d'Oran n'est pas uniquement concentrée dans la ville et ses fortifications; elle repose aussi sur le port qui est à Mers-el-Kebir,

(Colonel Jusuf.) éloigné de cinq milles par mer, ou d'une heure trois quarts de marche par terre, dans la direction du nord. Ce port naturel est entouré de hauteurs et remarquable par sa profondeur; la tenue de son fond est bonne: une escadre composée des plus gros vaisseaux peut s'y réfugier facilement.

Mascara est une ancienne ville arabe située à 84 kilomètres sud de Mostaganem et à 92 kilomètres sud-est d'Oran. On n'a que des données fort incertaines sur l'origine de Mascara. Selon les traditions locales, recueillies par les Thalebs (savants), elle aurait été construite par les Berbers, sur les ruines d'une cité romaine. L'étymologie du mot Mascara, soit qu'elle vienne de Onmi'Asker (la mère des soldats), ou, plus simplement, de M'asker (lieu où se rassemblent les soldats), atteste une réputation guerrière, qui semble justifiée par tout ce que nous savons de son histoire. Mascara se divise eu quatre parties bien distinctes: Mascara proprement dit, Rekoub-Ismaï Baba-Ali (le père Ali) et Ain-Beidha (la source Blanche). Ces trois dernières parties peuvent être regardées comme des faubourgs de la ville, qui se trouve à leur centre. La ville est percée de trois rues principales: elle a deux places publiques, une mosquée et deux fondouks (marchés). Les maisons, bâties comme celles des autres villes de l'Algérie, s'élèvent rarement au-dessus du rez-de-chaussée. Mascara, du temps des Turcs, était la résidence des beys de la province, jusqu'au moment où les espagnols évacuèrent Oran. Abd-el-Kader l'avait placée sous l'autorité immédiate d'un kaid. L'industrie, dans ces dernières années, était presque nulle à Mascara. On y fabriquait cependant encore quelques-uns de ces burnous noirs, renommés par leur élégance et leur solidité, des tapis, des burnous blancs et des haïks (tuniques de laine) de qualité inférieure.

L'armée française s'empara de Mascara le 5 décembre 1835, et s'en éloigna le 8, après avoir détruit l'artillerie et le matériel de guerre qu'Abd-el-Kader y avait déposés. Elle en a pris de nouveau possession le 30 mai 1841, et, depuis, une forte garnison y a été constamment laissée.

(Tente arabe.)

Tlemsen, à, 18 kilomètres de la mer, à 80 environ sud-ouest d'Oran, occupe une admirable position, qui domine tout le pays compris entre le cours inférieur de l'Isser, la Tafna et la frontière de Maroc, et qui lui a fait donner le nom de Bab-el-Gharb (porte du couchant). Elle faisait autrefois partie de la Mauritanie Césarienne. Les Romains s'y établirent et la nommèrent Tremis on Tremici Colonia. Tlemsen a été longtemps capitale d'un état arabe qui comprenait les villes de Nedroma, Djidjeli, Mers-el-Kebir, Oran, Arzew, Mazagran, Mostaganem. Au huitième siècle, Edris, khalife du Maghreb, et fondateur de l'empire de Maroc, régnait à Tlemsen. En 1515, elle fut prise par Haroudj-Barberousse; les Espagnols l'en chassèrent en 1518. Elle resta sous leur domination jusqu'en 1513. Les Turcs, à cette époque, s'en emparèrent, et la réunirent, en 1560, à la régence d'Alger, dont elle n'a point été depuis séparée. En 1670, Tlemsen ayant pris parti pour les Marocains contre le bey Hassan, et celui-ci ayant été vainqueur, la ville fut presque entièrement détruite. Elle est mal percée: les rues étroites sont souvent couvertes de treilles, et toujours rafraîchies par de nombreuses fontaines. Les maisons n'ont qu'un étage, et sont, pour la plupart, couvertes en terrasse; quelques-unes, comme à Alger, communiquent par des voûtes jetées d'un côté de rue à l'autre. La citadelle de Tlemsen, nommée Méchouar, située au sud de la ville, est de forme rectangulaire, d'environ 460 mètres sur 280 mètres. Il existe dans l'intérieur une centaine de maisons et une mosquée. Voisine de l'empire de Maroc, dont la limite n'est qu'à douze heures de marche; voisine également du Désert, qui n'en est guère plus éloigné, Tlemsen est l'entrepôt naturel, et en quelque sorte obligé des caravanes venant de Fez. Après l'expédition du 26 novembre au 8 décembre 1835, qui lit tomber Mascara en notre pouvoir, l'armée française marcha sur Tlemsen, et y fit son entrée le 13 janvier 1836. Mais, le 12 juillet 1837, nos soldats l'évacuèrent en vertu du traité conclu à la Tafna, le 30 mai 1837, entre le général Bugeaud et Abd-el-Kader, qui en est resté maître pendant plus de quatre années, et qui en avait fait la capitale de la région occidentale, ou du Gharb, à la tête de laquelle il avait placé un khalifah. Tlemsen a été de nouveau occupée, le 30 janvier 1842, par les troupes françaises, et de nombreux établissements y ont été créés, pour installer convenablement la division qui y tient garnison.

(Mascara.)

Mostaganem, qui a pour citadelle Matamore (Matmoura), est assise à un kilomètre de la mer, à 85 mètres au-dessus de son niveau. Elle est arrosée par différents cours d'eau. Son territoire est un des plus fertiles de la province. La vigne y est cultivée et ses produits non-seulement suffisent à la consommation locale, mais sont encore l'objet d'un commerce assez considérable. Les chroniques musulmanes font remonter au douzième siècle la fondation de la ville arabe de Mostaganem. Gouvernée d'abord par le chef sarrasin Yousouf, elle serait ensuite tombée aux mains d'un autre chef, Ahmed-el-Abd, dont les descendants auraient conservé cette place jusqu'au seizième siècle, où les Turcs s'en emparèrent, sous le commandement de khair-Eldin, surnommé Barberousse. Un corps français a pris possession de Mostaganem le 29 juillet 1833.

(Mostaganem.)

Mazagran, dont l'héroïque valeur d'une poignée de Français a immortalisé le nom, est situé à l'ouest et à une distance d'environ 7,000 mètres de Mostaganem. Cette petite ville ruinée occupe le versant d'une colline assez roide et forme un grand triangle, au sommet duquel se trouve un réduit. Ainsi exposé, ce réduit domine la plaine, la mer et le bas de la ville. Lorsqu'une garnison française fut, en 1833, placée à Mostaganem, les habitants de Mazagran abandonnèrent leurs maisons, C'est sur Mazagran, qu'après la rupture du traité de la Tafna, Abd-el-Kader, à deux reprises, a dirigé ses premiers coups et ouvert les hostilités dans la province d'Oran. La première attaque des Arabes eut lieu le 15 décembre 1839, et la deuxième dura quatre jours et quatre nuits, du 2 au 6 février 1840. Cent vingt-trois soldats du premier bataillon d'infanterie légère d'Afrique ont tenu tête à plusieurs milliers d'Arabes, et vaillamment repoussé quatre assauts.

Arzew, située sur une colline, à peu de distance de la mer, entre Oran et Mostaganem, est une petite ville construite sur des ruines. Elle a été occupée par l'armée française le 3 juillet 1833. La baie offre un excellent mouillage, pour toutes les saisons, aux bâtiments ordinaires du commerce, et en général à ceux qui sont au-dessous de la force des frégates.

Nous croyons devoir encore mentionner ici, comme appartenant à la province d'Oran, Messerguin, village situé à 12 kilomètres sud-ouest d'Oran; et dont les environs sont d'une fertilité remarquable; Mazouna, village bâti sur les bords du Chelif, et à 8 kilomètres de son embouchure; Nedroma, très-petite ville sur le penchant d'une montagne, à 16 kilomètres au sud du cap Hone; enfin Kallah, ville où l'on fabrique beaucoup de tapis.

Abd-el-Kader avait créé dans cette province plusieurs; établissements que nos troupes ont successivement visités et ruinés; en 1811 et 1812. Tagdemt, à 72 kilomètres est de Mascara; Boghar, à 60 kilomètres au sud-est de Médéah; Thaza, à 18 kilomètres sud-sud-est de Milianah; Sauta, à une journée et demie de marche au sud de Mascara; Tafraoua, à une journée au sud de Tlemsen.

(La suite à un autre numéro.)