Courrier de Paris.

Toute la ville est en l'air au moment où nous écrivons; de haut en bas, du petit au grand, du palais au salon, du salon à la mansarde, de l'habit chamarré à la simple veste plébéienne, des Tuileries au faubourg Saint-Marceau; le 1er mai est venu, et c'est au 1er mai que se donne le grand spectacle officiel de la fête de Sa Majesté le roi Louis-Philippe. Déjà le canon tonne aux Invalides, les mâts de cocagne sont debout, les orchestres en plein vent remplissent l'air d'une harmonie plus ou moins agréable; le feu d'artifice attend le soir pour éclater en soleils tournants, en girandoles et en fumée, et les harangueurs politiques, diplomatiques, académiques et judiciaires se confondent en allocutions, en oraisons, en salutations, en protestations et autres fusées volantes.

Concert aux Tuileries le 1er mai.

Cirque-Olympique.--Ducrow.

Cirque-Olympique.--Pas styrien, par M. Cinezelli et mademoiselle Adélaïde.

Gardons-nous bien de nous plonger dans cet océan d'éloquence royale, parlementaire et municipale; ce n'est pas le côté le plus neuf ni le plus divertissant de la cérémonie, et je suis profondément convaincu que les illustres orateurs qui en font annuellement tous les frais, sont eux-mêmes de cet avis. Quelle fatigue, en effet, et quelle monotonie! Si quelqu'un surtout doit sentir le fardeau de ces harangues infinies, de cette éloquence amoncelée, c'est le héros, c'est le roi de la fête. Tenir tête à tout le monde, recevoir à bout portant les discours en quatre points de tous les corps de l'État, de toutes les autorités officielles, de tous les tribunaux, de toute les corporations, de tous les représentants supérieurs de la hiérarchie publique, n'est-ce pas soutenir un assaut héroïque? Quelque grandeur, quelque éclat qu'il y ait à se trouver ainsi, pendant toute une journée, entouré de cette pompe et salué par ces hommages des organes de tout un peuple, l'homme, à n'en pas douter, se ressent çà et là et se fatigue des honneurs du souverain; et quand Sa Majesté, quitte enfin de sa tâche splendide, se retire dans l'intimité de son foyer royal, si quelque œil indiscret pouvait y pénétrer, peut-être verrait-il le roi se jetant sur un fauteuil d'un air de délivrance, et, s'essuyant le front, dire: «Ma foi, je suis bien aise d'en être débarrassé!»--exclamation qui court comme un écho, et se répète dans tout le monde officiel, après la représentation, quand chaque acteur rentre dans sa coulisse. «Je suis bien aise d'en être débarrassé!» dit le discoureur qui s'est défait de la harangue qui l'inquiétait, «Je suis bien aise d'en être débarrassé!» ajoute cet autre en dépouillant l'habit solennel dont il s'était affublé en l'honneur de la circonstance, pour rentrer purement et simplement dans sa robe de chambre.