ALLEMAGNE.

On fait beaucoup de bruit depuis quelque temps de la retraite de M. de Bismark qui serait, assure-t-on, sur le point de résigner ses fonctions de ministre des affaires étrangères de Prusse pour ne garder que celles de chancelier de l'empire. On nomme même les deux personnages qui se disputeraient sa succession: MM. de Balan et de Bulow. Nous avons déjà eu occasion de signaler, il y a quelques semaines, les tiraillements qui se sont produits au sein du gouvernement allemand et qui avaient déjà eu pour conséquence d'ébranler la situation et l'influence de M. de Bismark. La nouvelle que nous enregistrons ici n'a donc rien d'invraisemblable; cependant, la Gazette de l'Allemagne du Nord, dont les attaches officieuses sont bien connues, déclare, qu'elle est tout à fait inexacte; mais l'insistance et l'acrimonie que met ce journal à la démentir sont de nature à faire penser, tout au contraire, qu'elle pourrait bien n'être pas absolument sans fondement.

Le ministère de la guerre de Prusse vient de faire commencer une série d'exercices d'artillerie qui sont certainement les plus grandioses que jamais une armée ait été appelée à faire en temps de paix: il ne s'agit de rien moins que d'entreprendre le siège en règle et le bombardement effectif d'une citadelle, que l'on fera finalement sauter avec des engins explosifs dont l'application en grand n'avait pas encore été faite jusqu'à présent. La forteresse ainsi vouée à la destruction est celle de Graudens, sur la Vistule; les opérations du siège et du bombardement dureront six semaines; le feu sera ouvert chaque jour pendant quatre heures et les habitants des environs devront se retirer à une distance de 10 kilomètres; on n'évalue pas à moins de deux millions de francs le montant des indemnités qu'entraînera à lui seul ce déplacement quotidien de la population.