Inauguration du monument de Champigny

Le 28 novembre un grand courant d'enthousiasme régnait dans la capitale. C'est que quelques jours auparavant, la nouvelle de la victoire remportée sur les Prussiens à Couliniers par l'armée de la Loire, s'y était répandue et que le gouvernement, sous la pression de l'opinion publique, se décidait enfin à faire un effort sérieux en vue de briser le cercle d'investissement et de donner la main à la jeune armée qui s'avançait à notre secours.

En conséquence, une grande sortie était décidée. Trois proclamations aussi retentissantes qu'elles furent vaines, annoncèrent l'événement au public.

On sait comment tout ce beau mouvement avorta. L'armée, qui devait passer la Marne dans la nuit du 28 au 29 novembre, ne put le faire, les ponts se trouvant trop courts! Il fallut attendre vingt-quatre heures. L'ennemi mis en garde par cette inexcusable faute, prit ses mesures en conséquence. Il ramassa ses forces sur le point menacé, et au lieu de le surprendre et de le culbuter, ce fut une grande bataille qu'il fallut lui livrer en avant de Champigny.

Néanmoins le village fut enlevé et l'ennemi obligé de reculer jusqu'au parc de Cœuilly. Mais les morts étaient nombreux. La journée du 1er décembre fut employée de part et d'autre à les ramasser.

Le 2, les Prussiens reprirent l'offensive, refoulant d'abord nos troupes qui finalement regagnèrent toutes leurs positions. Mais, épuisées par ce double et pénible effort de deux jours de bataille, qu'avec un peu de prévoyance on leur eut épargné, elles étaient incapables, pour continuer leur marche, d'en faire un troisième, dans des conditions de difficultés beaucoup plus grandes encore. Dans la nuit du 2 au 3 on leur fit donc repasser la Marne, abandonnant ce plateau de Champigny, deux fois conquis au prix de tant d'efforts stériles et de sang inutilement répandu.

C'est sur ce plateau, au bord de la route de Paris, que s'élève le monument inauguré le 2 de ce mois. M. Vaudremer, architecte de la ville de Paris, en est l'auteur. C'est une pyramide en pierre grise, assise sur un soubassement et portant sur l'un des côtés un bouclier où l'on voit un guerrier blessé s'appuyant sur l'autel de la patrie. Au-dessus, on lit ces mots: Défense de Paris; au-dessous: Bataille de Champigny, 30 novembre, 2 décembre 1870. De l'autre côté de la pyramide est la devise de la ville de Paris: Fluctuat nec mergitur.

ÉVÉNEMENTS DE CUBA.-Capture du Virginius par le
Tornado dans les eaux de la Jamaïque.

LE MONUMENT COMMÉMORATIF DE LA BATAILLE DE CHAMPIGNY,
INAUGURÉ LE 2 DÉCEMBRE 1873.