«LILIANE»
Comédie en trois actes, par MM. Champsaur et Lacour.
Le banquier Giraud a entre les mains les intérêts en France de deux Américaines: mistress Flovers et sa nièce Liliane. Il a acheté pour leur compte un hôtel à Paris, un palais. Mais qu'importent les folies d'argent? Liliane a du chef de son père une cinquantaine de millions trouvés dans des mines. Giraud a songé à trouver un mari à la jeune Américaine, et il a fait là une nouvelle affaire plus lucrative encore que la première, sur laquelle il a touché une remise. Deux preneurs se sont présent s, deux prétendants: Robert de Saulieu, un homme du monde décoré, et Henri Rozal, un ambitieux, candidat échoué aux dernières élections, et pour le quart d'heure secrétaire d'un député. Ces honnêtes gens, au cas ou Liliane voudrait bien d'eux, ont accepté les conditions suivantes: dix pour cent à donner au courtier Giraud sur la somme totale de la dot, quelques centaines de mille francs à droite et à gauche pour quelques agents subalternes qui se sont mêlés de l'affaire. Les clauses de la vente posées, pour mettre fin à la rivalité de M. Rozal et M. de Saulieu, on tire l'héritière au sort. Les deux noms de ces messieurs sont mis dans l'urne: celui qui sortira sera véritablement désigné par le sort pour faire le bonheur de Liliane, l'autre se retirera en galant homme. La chance favorise Henri Rozal qui s'aperçoit alors de l'infamie d'une telle action, car il aime passionnément Liliane, qui l'aime ardemment, et, avec le concours d'une jeune Américaine, lui demande de l'épouser.
Henri Rozal est devenu son époux et, grâce à cette fortune immense, le voilà installé dans son château au bord de la Méditerranée et tentant à nouveau le jeu de la politique. Il réussit. Mais, au moment où il marche vivant dans son rêve étoilé, le banquier Giraud se présente et réclame sa commission que M. Rozal a oublié de payer. Les billets sont là. L'homme d'affaires a l'acte de société à la main; il recouvre pour lui et pour les autres intéressés de la commandite; si dans une heure les trois ou quatre millions n'ont pas été payés, Giraud remettra le dossier entre les mains de Liliane. Cet aveu forcé, Henri le fait à sa femme à genoux. Celle-ci paye et rend à son mari repentant la reconnaissance souscrite à Giraud.
C'est cette scène du second acte, qui se passe dans un décor ravissant, que notre gravure représente.
Le cœur déchire par cette révélation, qui, en tuant en elle le respect pour son mari, tue aussi l'amour, Liliane paye Giraud à la condition qu'il remettra entre ses mains le traité odieux, et elle se sépare d'Henri Rozal, lequel devient député et renverse les ministères. Tout s'arrange entre les deux époux; Liliane revoit Rozal qui, toujours amoureux de sa femme, entre chez elle par le balcon puisque la porte lui est fermée. En face de cette audace d'un amant, entraînée par lui, prise dans ses bras, Liliane pardonne et Henri Rozal rentre en possession, une fois encore, je ne dirai pas de la fortune, mais du cœur de sa femme. La pièce a été supérieurement jouée par Mmes Brandès, Léonide Leblanc, MM. Dieudonné, Candé, Romain, Camis.