DOCUMENTS et INFORMATIONS
L'achèvement du boulevard Haussmann.
L'achèvement du boulevard Haussmann est, enfin, décidé; d'ici quatre ou cinq ans ce sera un fait accompli.
Dans notre numéro du 19 mars 1910, nous avons exposé ce grand projet de voirie dont la réalisation est attendue depuis plus de quarante ans. Le plan qui accompagnait notre article montre le tracé de la voie nouvelle, auquel rien n'est changé; on perce la rue Taitbout aux numéros 10, 14, 16, 18, 20, 22, 24, et, après avoir traversé la rue Laffitte et la rue Le Peletier, on aboutit au coin de la rue Drouot et du boulevard des Italiens. Pour raison d'économie, on renonce à créer une place à la jonction du boulevard Haussmann et des grands boulevards, comme l'avait proposé M. Louis Bonnier, aujourd'hui directeur du service des travaux d'architecture de la Ville de Paris.
Le boulevard actuel, entre le faubourg Saint-Honoré et la rue Taitbout, mesure 2.240 mètres de longueur. Il fut construit, de 1863 à 1870, par une société financière qui devait exproprier les immeubles, céder à la Ville l'emplacement du boulevard, et revendre les terrains en obligeant les acquéreurs à construire, dans un délai de deux ou trois ans, des maisons «en pierre de taille, présentant un caractère architectural». La Ville paya le terrain à un prix variant entre 433 francs le mètre aux abords du faubourg Saint-Honoré, et 2.600 francs entre la chaussée d'Antin et la rue Taitbout. La note s'éleva à 62 millions.
Il reste à ouvrir 280 mètres, et, comme jadis, l'opération va être mise en adjudication. La Ville, en effet, pourrait difficilement achever le boulevard avec les ressources dont elle dispose; d'autre part, il semble qu'un entrepreneur obtiendra des conditions meilleures, et que son bénéfice éventuel ne représentera point une charge pour les finances municipales.
Le concessionnaire acquerra, sous le contrôle de l'Administration, les immeubles expropriés, il devra ensuite les démolir, remettre à la ville le terrain nécessaire pour l'établissement du boulevard, et, dans le délai de trois ans qui suivra son entrée en possession, construire des immeubles «répondant aux nécessités esthétiques que comporte le centre de Paris».
La Ville de Paris remettra à l'adjudicataire les immeubles ou portions d'immeubles dont elle est déjà propriétaire aux numéros 9 de la rue Le Peletier, 9 et 10 de la rue Laffitte, 20, 22 et 24 de la rue Taitbout. En outre, elle lui allouera une subvention de 25 millions, si la dépense totale de l'opération atteint 50 millions; si ce chiffre est dépassé, la subvention sera augmentée d'une fraction qui ne pourra être supérieure aux 40/100e de la dépense, le rabais de l'adjudication devant porter sur le numérateur de cette fraction.
Le préfet de la Seine estime que le coût des expropriations entraînera une dépense un peu supérieure à 50 millions. L'adjudicataire aurait donc, pour récupérer ses frais:
La subvention de 25 millions;
La subvention supplémentaire éventuelle;
Une surface à construire de 8.600 mètres qui, évalués au chiffre moyen de 3.000 francs, représenteraient 25.800.000 fr.;
Les matériaux de démolition.
Quant à la Ville de Paris, elle a prévu pour l'opération une dépense de 30 millions, dans laquelle est comprise l'acquisition amiable récente de trois immeubles rue Laffitte et rue Le Peletier.
La dernière section du boulevard Haussmann coûterait donc environ (par mètre courant de boulevard):
30.000.000: 280 = 107.142 francs.
La section faubourg Saint-Honoré-rue Taitbout a coûté:
62,000.000: 2.240 = 27.678 francs.
Rappelons que la Ville de Paris a déjà eu recours au système de l'adjudication pour diverses opérations de voirie, notamment pour le relèvement du quartier Marbeuf et pour la création de la Bourse du Commerce. L'opération du quartier Marbeuf fut désastreuse pour le concessionnaire.
Le principal motif du désastre fut l'excessive générosité du jury d'expropriation qui savait que les deniers communs ne pouvaient aucunement souffrir de ses largesses exagérées.
Une vieille demeure française classée comme monument historique: «l'Hostellerie des Trois-Nourrices», à Narbonne. Vue d'ensemble de la maison et détail d'une fenêtre de la façade principale. Photographies Sallis.
La maison des Trois-Nourrices.
M. A. Lesceur, secrétaire de la Société des Beaux-Arts de Narbonne, nous écrit:
Un événement particulièrement heureux au point de vue de l'art et de l'histoire locale vient de se produire à Narbonne, dans les premiers jours de janvier.
La maison dite des Trois-Nourrices, un joyau artistique du commencement du seizième siècle, que menaçait le sort de bon nombre de monuments historiques de nos anciennes provinces, a été acquise par M. Louis Berthomieu, le très dévoué et très intelligent conservateur du musée de Narbonne, au moment où le vieil immeuble allait devenir la proie du mercantilisme exotique.
Dans le vieux quartier du Bourg, non loin de l'église Saint-Paul Serge, à l'angle des rues Edgar-Quinet et des Trois-Nourrices, se dresse ce charmant édifice, que connaissent bien les touristes, les archéologues et tous les fervents amoureux de l'art ou de la curiosité historique. «L'hostellerie des Trois-Nourrices» (ainsi nommée à cause de cinq figures, dont trois au milieu plus petites, de Diane d'Éphèse, croit-on, en forme de cariatides) a joué un rôle important dans l'histoire de l'antique cité narbonnaise. Son mérite artistique n'est pas moindre: les façades ouest et sud sont pleines de fines sculptures représentant des têtes de béliers soutenant des guirlandes de fleurs, les colonnes qui encadrent les croisées sont également fouillées par un ciseau savant et plein de goût.
Les archives locales nous ont révélé le nom de celui qui la fit construire: c'est un riche bourgeois de Narbonne, nommé Pierre Gentian, fort important personnage, à en juger par le luxe artistique de sa demeure. On ignore par suite de quelle vicissitude cette habitation seigneuriale fut transformée en une hôtellerie.
Mais quelle hôtellerie!
Le bon Rabelais, songeant à se faire médecin, et, prenant ses grades à la Faculté de Montpellier (1537), y vint souvent «humer le piot» du fameux cru de Quatourze, qu'on pouvait, alors, apercevoir des fenêtres de l'hôtel.
La conspiration contre le cardinal de Richelieu, entre Cinq-Mars, de Thou et le délégué de la cour d'Espagne, fut ourdie dans une des salles des Trois-Nourrices. Après la découverte du complot, Cinq-Mars, arrêté et enchaîné, y fut ramené prisonnier en attendant sa prochaine exécution (1642).
Molière y séjourna à plusieurs reprises avec sa troupe (1642, 1649, 1650). En cette dernière année, le grand auteur comique figure en qualité de parrain dans un acte de baptême transcrit sur un registre de naissances de la paroisse voisine.
A la fin du dix-huitième siècle, l'hôtellerie des Trois-Nourrices fut morcelée et chacune de ses parties devint le logement de bons bourgeois qui, insouciants du glorieux passé de l'immeuble et de sa valeur artistique, y firent opérer quelques malencontreuses modifications, heureusement réparables aujourd'hui.
Sur la demande de M. Berthomieu, son nouveau propriétaire, la commission des Monuments historiques a prononcé le classement de ce précieux édifice.
Une oeuvre de Ligier Richier.
La tête de mort ailée et couronnée représentée au bas de cette page provient du mausolée qu'Antoinette de Bourbon fit élever à son époux Claude de Lorraine, décédé en 1550 au château de Joinville, en Haute-Marne.
Ce mausolée, si important, auquel collaborèrent les éminents artistes Dominique le Florentin, Picard le Roux et Ligier Richier, était édifié dans la chapelle Saint-Laurent, du château.
Il fut brisé en 1792, les corps qu'il recouvrait furent arrachés de leurs linceuls de pierre et les morceaux de sculpture dispersés en maints endroits.
Une sculpture retrouvée du tombeau de Claude de Lorraine
à Joinville: tête de mort couronnée et ailée, oeuvre de Ligier Richier.
On trouve à l'hôtel de ville de Joinville deux des quatre cariatides qui soutenaient l'entablement sur lequel étaient placés les priants; au musée du Louvre, deux bas-reliefs et les génies funéraires (en fort mauvais état) qui entouraient l'oeil-de-boeuf au bas duquel se trouvait la tête de mort ailée; au musée de Chaumont, deux autres bas-reliefs et des sculptures qui décoraient les tympans du mausolée.
Jusqu'à ce jour, cette tête de mort avait échappé à toutes les recherches, et c'est à M. Emile Humblot, peintre et graveur, maire de Joinville, très versé dans l'histoire de son pays natal, que revient l'honneur d'avoir déterminé la provenance de cette sculpture d'albâtre trouvée dans un bois de Joinville, il y a cinquante ans, cachée pour ainsi dire depuis lors, et possédée actuellement par M. Pierret, professeur honoraire de la Faculté de médecine de Lyon.
Cette sculpture si réaliste semble avoir pour auteur Ligier Richier, auquel on attribue aussi les deux gisants. Elle mesure 0 m. 35 d'une pointe à l'autre des pennons extrêmes. La tête est en saillie de 0 m. 13 sur un bandeau d'albâtre. Le masque est d'une expression saisissante. Autant il symbolise le décharnement du tombeau, l'anéantissement de l'être dans la mort, autant les ailes ont le caractère de la vie qui frémit et palpite: c'est le mouvement surpris dans l'imprévu et la fantaisie de ses lignes.
On voit l'indication de cette tête de mort au bas de l'oeil-de-boeuf, dans un dessin du «Plan et Mosolée de Mgr Claude de Lorraine, 1er duc de Guise, et de Mme Antoinette de Bourbon, son épouse». (Collection Gaignières, Bibliothèque nationale, n° 22429, folio 128.)
L'ex-président Castro en quarantaine à Ellis-Island (New York).