«LA PAIX TANT QUE L'ON VOUDRA, MAIS LA PAIX AVEC ANDRINOPLE»
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---- Ligne des positions turques lors de l'armistice. .-.-. Limite de l'avance turque à la fin de février. La zone grisée est celle qui a été réoccupée par les Turcs. | Djemal bey est un grand travailleur; depuis un mois que je le vois chaque jour, il n'a eu de repos vraiment ni jour ni nuit. Relevant d'une grave maladie, il était là à son bureau, pâle, les yeux cernés, énervé par ce labeur qui n'est pas le sien, exaspéré par l'impossibilité de se rendre sur le champ de bataille, et cependant inlassable, surveillant tout, soignant les détails, s'occupant des volontaires, des recrues, des hôpitaux, de la sécurité de la ville, recevant dix personnes à la fois et répondant en même temps aux demandes de ses aides de camp, signant des ordres, lisant des rapports. Depuis quinze jours, il n'a pas revu sa femme malade, n'ayant pas le temps de franchir l'eau pour se rendre à Kadikeui où il habite; de temps en temps il fait venir ses enfants pour les embrasser et les voir quelques minutes autour de lui. Sur ce visage, tous les traits sont marqués d'une volonté implacable, d'une ardeur passionnée. «Mon colonel, lui disait quelqu'un, à quoi bon gaspiller encore tant d'hommes et tant d'argent? Que vous importent quelques tombeaux et quelques mosquées d'Andrinople qui continueraient d'exister sous un statut spécial! Pourquoi ne pas reconnaître la défaite et ne pas réserver pour l'avenir tant de forces aujourd'hui gâchées en pure perte?» Et lui de répondre: «Écoutez bien ceci: Andrinople, c'est pour nous aujourd'hui un cri de ralliement,--le cri de ralliement de tous ceux qui ont à coeur l'honneur de la Turquie. |
Si les Bulgares la prennent et qu'ils prennent Constantinople, et qu'ils prennent Damas et Mossoul et Bagdad, et que je reste à Bassorah avec quinze Turcs, je réclamerai encore Andrinople. La paix tant que l'on voudra, mais la paix avec Andrinople!»
... A peine quittions-nous Constantinople qu'il commença de pleuvoir. En arrivant à Hademkeui, la neige succède à la pluie. Nous devions nous rendre à Tchataldja en compagnie du généralissime Izzet pacha; ce sera peut-être pour demain.
Les Turcs ont à peu près cessé d'avancer. Ils se sont bornés à fortifier leurs positions nouvellement conquises en face de celles des Bulgares qui occupent encore Karadjakeui, Belgrade, Kuchkaïa, Kabatchakeui (les Turcs sont sur ce point à quelques centaines de mètres d'eux), Kadikeui. Surgunkeui a été repris également après quelques escarmouches. On a fait une douzaine de prisonniers dont deux officiers.
24 février.
Depuis hier, tempête de neige avec vent furieux rendant tout mouvement impossible. Les soldats sont terrés. On n'aperçoit que la campagne nue, blanche, parcourue par l'ouragan. Il y en a maintenant pour trois semaines ou un mois avant qu'une grande bataille puisse être livrée. La situation est la même à Boulaïr. C'est la trêve de la neige.
Les Turcs estiment avoir devant eux deux divisions bulgares restées en arrière-garde; trois autres seraient à Tchorlou. Il y aurait trois divisions devant Gallipoli, et quatre, dont deux serbes, devant Andrinople.
Georges Rémond.
Le prince héritier. Au milieu de la plaine, la hauteur dite Afgo.
LA GUERRE D'ÉPIRE.--Vue panoramique de Janina et des hauteurs fortifiées qui défendent la ville du côté sud. Photographies Rhomaïdès-Zeitz.
Le prince héritier de Grèce et son état-major visitant les positions avancées devant Janina.
La ville et le lac de Janina, vus des positions de l'armée hellène.--La ville occupe la base de la presqu'île qui s'avance dans le lac.
Le fort de Bizaniet les défenses orientales de Janina (Agia Paraskévi, Koutsoulio, Afgo (oeuf) de Gastritza et Gastritza, vus d'une hauteur au S.-E. de Janina.)
Croquis à la lorgnette de M. J. Leune, contrôlé et complété par lui à l'aide de renseignements fournis par des prisonniers turcs. Les deux parties du croquis se raccordent, la bande inférieure continuant exactement à droite la bande supérieure.--Voir aussi les photographies des pages précédentes.