ENTRE L’OISE ET LA SOMME

Les Allemands ont brusquement transporté les opérations sur une ligne que l’on peut jalonner ainsi du Sud au Nord: environs de Montdidier, Rosières-en-Santerre, Albert, Arras et, maintenant, Lille. Ces renforts n’auraient pas été obtenus à l’aide de forces nouvelles tirées d’Allemagne, mais par des prélèvements parfois énormes sur les armées qui s’étendent de l’Argonne à la Suippe et, au long de cette rivière, jusqu’à l’Aisne, puis jusqu’à la forêt de Laigue, située dans la presqu’île formée par la jonction de l’Aisne et de l’Oise.

Ce mouvement, dont il convient de signaler la rapidité d’exécution, correspond du reste à la manœuvre que nous paraissions nous-mêmes exécuter en nous élevant vers le Nord. La menace était grave, aussi l’état-major allemand a-t-il tenté de percer nos lignes par une de ces attaques en masse qui sont le fond de sa tactique. Il a fait passer ses corps d’armée sur la rive droite de l’Oise en franchissant la rivière sans doute vers Noyon, Chauny et la Fère. Nous occupions alors des positions depuis Lassigny et Roye jusqu’à la Somme; d’autres troupes françaises étaient sur les plateaux au Nord du petit fleuve, entre Albert et Combles.

L’ennemi a dirigé contre nous, depuis les derniers jours de septembre, des attaques acharnées que nous avons repoussées dans une série de combats de jour et de nuit d’une extrême violence; sur certains points, nous avons parfois reculé, mais, en somme, les Allemands n’ont pu réussir leur manœuvre; nulle part ils n’ont percé les lignes que nous leur opposons à l’Est d’Amiens, loin de cette grande ville. A la date du 6, ils n’avaient même pu forcer nos positions de Lassigny, contre lesquelles ils dirigeaient une attaque importante.