LA NEUTRALITÉ HOLLANDAISE
Le jour même où paraissait notre dernier numéro, nous recevions de M. le chevalier de Stuers, ministre plénipotentiaire des Pays-Bas en France, une lettre que nous nous empressons d’insérer:
Bordeaux, le 29 septembre 1914.
Monsieur le directeur,
A de nombreuses reprises des rumeurs peu bienveillantes ont été répandues dans le public, surtout en France, d’après lesquelles l’intégrité du territoire du royaume des Pays-Bas et par conséquent sa neutralité auraient été violées par des troupes allemandes qui, en investissant la Belgique, auraient traversé l’extrémité méridionale du Limbourg.
Sur les ordres de mon gouvernement, j’ai non seulement opposé itérativement par la voie de la presse le démenti le plus absolu à cette fausse représentation des faits, mais encore transmis une protestation officielle au gouvernement de la République française.
Nonobstant ces démarches, L’Illustration a publié dans son numéro du 8 août, page 108, un article avec une carte, avançant de nouveau «que l’armée allemande pénétra sur le territoire belge et trouvant des ponts coupés, qui retardaient sa marche, écorna le territoire du Limbourg hollandais, franchit la Meuse à Eysden et arriva à Visé».
Je renouvelle donc ici la rectification déjà donnée, que le territoire néerlandais n’a pas été traversé par l’armée allemande.
Ce qui aura probablement donné lieu à cette erreur, c’est que quelques soldats allemands et belges, égarés sur le territoire hollandais aux environs d’Eysden, y ont été arrêtés et désarmés, et internés ensuite à Alkmaar.
D’ailleurs, dans le discours du trône que la reine des Pays-Bas prononça récemment lors de l’ouverture du Parlement, Sa Majesté déclara qu’à sa grande satisfaction la neutralité absolue, que la Hollande observe et maintient de toutes ses forces, n’a d’aucune façon été violée jusqu’ici.
L’armée néerlandaise, mise sur pied de guerre et comptant plus de 300.000 hommes, veille sur le territoire du royaume et saura au besoin bravement le défendre.
Je vous serais très obligé, monsieur le directeur, si vous vouliez bien donner à ces lignes une place dans le prochain numéro de votre beau journal.
Agréez, monsieur le directeur, l’assurance de ma considération la plus distinguée.
Le ministre des Pays-Bas,
A. de Stuers.
Nous avons déjà, la semaine dernière, fait accueil à des protestations qui venaient de nous être adressées directement de Hollande, par des particuliers, sur le même sujet. La date tardive de ces diverses demandes de rectification nous avait d’abord paru inexplicable: mais nous avons appris que nos numéros du mois d’août n’ont pu être distribués ou mis en vente dans les Pays-Bas que tout récemment. De là l’émotion causée à la fin de septembre par une phrase et une carte publiées près de deux mois auparavant, et qui n’avaient fait que reproduire, sans insister, sans incriminer le moins du monde le gouvernement des Pays-Bas, les premières informations données par la presse sur l’invasion de la Belgique par les troupes allemandes.
Nous avons été heureux d’apprendre depuis que la neutralité néerlandaise avait été mieux respectée par l’Allemagne que les neutralités luxembourgeoise et belge. Nous le sommes encore plus aujourd’hui de constater avec quelle énergie nos lecteurs de Hollande, et le représentant lui-même de S. M. la reine Wilhelmine, déclarent que leur pays entend observer et maintenir une neutralité absolue, que saurait au besoin faire respecter l’armée néerlandaise, mise sur le pied de guerre et forte de plus de 300.000 hommes.