M. POINCARÉ AUX ARMÉES


M. Poincaré a accompli cette semaine l’un des plus solennels devoirs de sa charge. Accompagné de M. Viviani, président du Conseil, et de M. Millerand, ministre de la Guerre, il a quitté Bordeaux en automobile et s’est rendu au quartier général des armées françaises, où il s’est entretenu durant plusieurs heures avec le général Joffre. Il s’est ensuite fait conduire au quartier général anglais où l’a reçu le maréchal French. Enfin, le président de la République a visité deux de nos armées combattantes et le lendemain, avec M. Millerand et le général Galliéni, le camp retranché de Paris, plusieurs hôpitaux militaires et le cimetière de Bagneux.

Le chef de l’Etat, voulant exprimer publiquement la satisfaction que lui avait causée sa visite aux armées anglaises et françaises, a adressé au roi George V d’Angleterre un télégramme de félicitations en le priant de bien vouloir en faire donner connaissance aux vaillantes troupes britanniques. M. Poincaré a aussi félicité le ministre de la Guerre français dans une lettre éloquente, en l’invitant à transmettre ses félicitations au général Joffre et au général Galliéni. Ces lettres, qui seront lues aux troupes, leur apporteront le témoignage de l’admiration et de la reconnaissance de la nation tout entière.

Le président de la République, se rendant aux armées, part en automobile de sa résidence provisoire de Bordeaux, rue Vital-Carles: sur le seuil, Mme Raymond Poincaré. — Phot. E. Jacques.

En quittant Bordeaux, M. Poincaré avait emporté avec lui les six étendards allemands pris récemment à l’ennemi et les avait fait déposer à l’Elysée. Mercredi dernier, ils ont été transportés par une compagnie de la garde républicaine à l’Hôtel des Invalides. Chaque drapeau allemand était porté sur l’épaule, l’étoffe pendant vers le sol, par un sous-officier. Dans la cour d’honneur, le général Niox, commandant des Invalides, reçut les trophées, qui, remis aux vieux soldats aux moustaches blanches, furent transportés par eux dans la chapelle.

Le général Niox et les Invalides prennent livraison de six drapeaux enlevés aux régiments allemands, rapportés de Bordeaux par M. Poincaré.

QUAND NOS TROUPES FONT DES PRISONNIERS ALLEMANDS.
On les nourrit d’abord, s’ils se plaignent d’être affamés.

... On les interroge ensuite.
Photographies prises à la frontière d’Alsace.

Entrée de l’armée serbe à Semlin, la ville hongroise au confluent du Danube et de la Save, en face de Belgrade, capitale de la Serbie, dont les armées austro-hongroises n’ont jamais réussi à s’emparer.

— Devant Belgrade: bateau autrichien capturé.
— Le prince Georges blessé.
— Passage de la Save par l’artillerie.

La commission de recrutement qui fonctionna à Tunis pour l’inscription, devant le Caïd, des tirailleurs tunisiens volontaires; neuf mille se sont présentés en une seule journée. — Phot. Samama Chikli.

L’arrivée, à Mostaganem, de deux cents Arabes, retraités militaires, convoqués par une affiche de mobilisation et qui ont rallié leur corps dans le plus grand enthousiasme.—Phot. P. Souffron.

L’armée de l’Inde en France: à leur arrivée à Marseille, avant de rejoindre le corps expéditionnaire du général French, les soldats hindous ont campé quelques jours au parc Borély.—Phot. Costa.

Un défilé, à Marseille, de l’infanterie indigène de l’Inde, vêtue de khaki comme toute l’armée britannique, mais coiffée du traditionnel turban.

— L’école de Cuvergnon, dans l’Oise, que les Allemands avaient transformée en dortoir, et d’où ils furent chassés par notre artillerie.—Phot. A. Tétart.
— Un obus allemand de 77 millimètres qui a pénétré profondément, sans éclater, dans le tronc d’un poirier.—Phot. A. Tétart.
— La salle à manger du château de Semp, près de Malines, en Belgique, évacuée brusquement par les Allemands qui y festoyaient.

— Tombe de quatre cuirassiers et de treize zouaves, à Joche, sur un des champs de bataille entre la Marne et l’Aisne: des casques ont été pieusement disposés devant la croix.
— Tombe d’un soldat anglais, enseveli au lieu dit «Les Bondons» par un ami français qui traça sur un écriteau une touchante et simple épitaphe. Phot. C. Belval.

— L’énorme plaie d’un obus sur la façade d’une maison du faubourg de Cérès.
— Une pâtisserie de la place Royale: derrière la façade, il n’y a plus rien que des ruines.
— La maison des Musiciens (au second plan), seulement ébranlée par le projectile tombé sur la maison voisine.

Le prince de Galles.

Dès l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne, le prince de Galles, qui avait déjà accompli une période d’instruction militaire, fut incorporé comme lieutenant dans les Grenadier-Guards. Pendant plusieurs semaines, il fut donné aux Londoniens de voir passer dans les rues de la capitale, à la tête de sa section, leur futur souverain, portant élégamment et martialement l’uniforme des grenadiers. Mais ces exercices quotidiens ne suffisaient pas à l’ardeur du jeune prince, qui sollicita l’honneur de se rendre en France pour y combattre dans les rangs de l’armée expéditionnaire. Lord Kitchener, ému de recevoir cette requête du fils de son roi, a promis, dit-on, de lui donner bientôt satisfaction. En attendant, l’héritier de la couronne a eu la joie d’être promu au rang de standard bearer: il porte le drapeau de son régiment aux heures où les grenadiers de la garde font la relève au Palais-Royal de Buckingham. Rien de charmant comme la juvénile silhouette du crown-prince,—dont la physionomie offre le plus heureux contraste avec celle de ce soudard orgueilleux, insolent et brutal, le kronprinz. Rien qui exprime mieux aussi le contraste des deux races, des deux éducations, des deux cultures. Le prince anglais garde sur son visage ombragé par la casquette militaire le reflet de la grâce de sa jeunesse et de ses sentiments; tandis que l’autre avoue par tous les traits de sa physionomie trop connue qu’il n’a reçu qu’un enseignement de haine sournoise et d’orgueil inhumain.

LA VEILLÉE

Dessin de Georges SCOTT.

Cette chambre d’une quiète maison de province environnée d’ordinaire de silence est devenue mortuaire et glorieuse. Dans la ville bombardée, la mitraille fait ses ravages. Les vitres ont éclaté; mais la maison est encore debout. On a transporté là le général, qu’un obus vient de blesser à mort, tout près. Il a expiré sur le vieux lit aux rideaux épais.

Hâtivement on lui a rendu le dernier hommage: ses yeux fermés par son officier d’ordonnance, on a rejeté sur lui son manteau de campagne. Pour cierges, deux bougies dans les simples chandeliers familiaux, et, sur la poitrine du vaillant soldat, l’or et l’émail de la croix de la Légion d’honneur s’éveillent aux lueurs vacillantes des deux minces flammes.

Un cavalier au visage grave, le sabre au poing, veille seul le corps du chef. Au dehors, le fracas de la bataille continue.

— Le clocher à l’Ange et la toiture du chevet en feu.
— La chute de l’échafaudage embrasé de la tour Nord-Ouest.

UN ÉMOUVANT DOCUMENT PHOTOGRAPHIQUE: LA CATHÉDRALE DE REIMS EN FLAMMES
Vue prise du Nord: la flamme dévore, à l’Est, le clocheton du chevet, dit clocher à l’Ange, et, à l’autre bout de la basilique, la tour Nord-Ouest; la couverture de plomb de la toiture a déjà fondu et on voit le jour à travers la charpente qui brûle mais n’est pas encore effondrée.

Reims pendant l’occupation allemande: à gauche de la façade de la cathédrale, l’échafaudage qui fut ensuite incendié par les obus.—Phot. J. Matot; reprod. interdite.