II
O sinistre vieillard, te voila responsable
Du vautour deterrant un crane dans le sable,
Et du croassement lugubre des corbeaux!
Emplissez desormais ses visions, tombeaux,
Paysages hideux ou rodent les belettes,
Silhouettes d'oiseaux perches sur des squelettes!
S'il dort, apparais-lui, champ de bataille noir!
Les canons sont tout chauds; ils ont fait leur devoir,
La mitraille invoquee a tenu sa promesse;
C'est fait. Les morts sont morts. Maintenant dis la messe.
Prends dans tes doigts l'hostie en t'essuyant un peu,
Car il ne faudrait pas mettre du sang a Dieu!
Du reste tout est bien. La France n'est pas fiere;
Le roi de Prusse a ri; le denier de Saint-Pierre
Prospere, et l'irlandais donne son dernier sou;
Le peuple cede et met en terre le genou;
De peur qu'on ne le fauche, il plie, etant de l'herbe;
On reprend Frosinone et l'on rentre a Viterbe;
Le czar a commande son service divin;
Partout ou quelque mort blemit dans un ravin,
Le rat joyeux le ronge en tremblant qu'il ne bouge;
Ici la terre est noire; ici la plaine est rouge;
Garibaldi n'est plus qu'un vain nom immortel,
Comme Leonidas, comme Guillaume Tell;
Le pape, a la Sixtine, au Gesu, chez les Carmes,
Met tous ses diamants; tendre, il repand des larmes
De joie; il est tres doux; il parle du succes
De ses armes, du sang verse, des bons francais,
Des quantites de plomb que la bombarde jette,
Modestement, les yeux baisses, comme un poete
Se fait un peu prier pour reciter ses vers.
De convois de blesses les chemins sont couverts.
Partout rit la victoire.
Utilite des traitres.
Dans les perles, la soie et l'or, parmi tes reitres
Qu'hier, du doigt, aux champs de meurtre tu guidais,
Pape, assis sur ton trone et siegeant sous ton dais,
Coiffe de ta tiare aux trois couronnes, pretre,
Tu verras quelque jour au Vatican peut-etre
Entrer un homme triste et de haillons vetu,
Un pauvre, un inconnu. Tu lui diras:—Qu'es-tu,
Passant? que me veux-tu? sors-tu de quelque geole?
Pourquoi voit-on ces brins de laine a ton epaule?
—Une brebis etait tout a l'heure dessus,
Repondra-t-il. Je viens de loin. Je suis Jesus.