CHAPITRE X

«La Guzla» en Angleterre[860].

§ 1. Mérimée et John Bowring.—§ 2. La critique de la Monthly Review. —§ 3. La critique de la Foreign Quarterly Review. «M. Mervincet.» Mrs. Shelley.

§ 1

MÉRIMÉE ET JOHN BOWRING

Dans sa préface à l'édition de 1842, Mérimée raconte que, deux mois après la publication de la Guzla, M. Bowring, «auteur d'une anthologie slave», lui écrivit pour lui demander les vers originaux qu'il avait si bien traduits.

Cette lettre, si elle a été conservée par Mérimée,—ce qui est très peu probable, car il en détruisait de beaucoup plus intéressantes, par exemple celles de ses amis Jacquemont et Stendhal[861]—a été brûlée avec tous ses papiers dans l'incendie de sa maison pendant la Commune. Ainsi nous ne l'aurons jamais et nous ne pourrons savoir quel en était exactement le contenu. Remarquons seulement que, sans nul doute, comme celle de Gerhard, elle fut adressée à Mérimée par les bons soins de la maison F.-C. Levrault.

«Deux mois après la publication de la Guzla», dit Mérimée; c'est-à-dire au commencement d'octobre 1827. À défaut d'indication précise, nous avons accepté cette date, et comme la lettre précède d'un mois la publication du premier article anglais relatif à l'ouvrage de Mérimée, nous avons voulu en parler tout d'abord.

Disons de suite que nous ne comprenons pas suffisamment,—de peur de ne le comprendre que trop,—pourquoi Mérimée a choisi cet Anglais comme un témoin de «l'immense succès» de son livre à l'étranger. Croyait-il vraiment que «M. Bowring, auteur d'une anthologie slave», représentait une autorité non seulement parmi les slavicisants de l'autre côté du détroit, mais encore parmi ceux de l'Europe entière. Nous en doutons fort. Dans une des lettres publiées par M. Chambon, Mérimée suspecte Renan de ne pas savoir son hébreu; il avait appris de son maître Stendhal à se méfier des faux savants qui pullulent en ce monde, débitant la «blague sérieuse»; aussi ne saurait-on croire qu'il fut dupe dans cette occasion et qu'il pensa qu'un traducteur anglais de poèmes slaves était un personnage autorisé à prononcer un jugement sur une prétendue traduction française de poèmes dont il ne connaissait pas l'original. Très habilement, Mérimée se garda de dire quelle était la renommée scientifique de son correspondant anglais et laissa à son naïf lecteur le plaisir de l'imaginer. C'était, de sa part, une petite mystification de plus, et elle réussit parfaitement. En effet, tous ses biographes, après nous avoir parlé du «docteur Gerhard», nous assurent que M. Bowring, érudit compétent, se laissa prendre lui aussi à la supercherie. Le plus savant des critiques contemporains anglais, M. George Saintsbury, dans le bel article sur Mérimée qu'il a écrit pour la neuvième édition de l'Encyclopædia Britannica[862], nous apprend que l'auteur de la Guzla a mystifié, entre autres, «sir John Bowring, a competent Slav scholar[863]».

Sir John Bowring (en 1827 simplement: Mr. John Bowring) n'était pas un «competent Slav scholar»; il ne fut jamais reconnu pour tel par ceux qui l'étaient. En réalité, tandis que le «juge compétent» allemand était un ancien marchand de toiles, le «juge compétent» anglais était un ancien marchand de draps.

John Bowring (1792-1872) descendait d'une vieille famille bourgeoise du Devonshire[864]. Fils et petit-fils du commerçant, sa seule ambition était de continuer à diriger une maison florissante, sans jamais abandonner le métier de ses pères. Malheureusement, les affaires n'allèrent pas comme il l'avait espéré, et un beau jour il dut renoncer au commerce. Il se tourna alors vers la politique et la littérature et, bientôt, son esprit d'entreprise et sa rare ténacité lui valurent d'estimables succès.

Dès sa jeunesse, il avait parcouru, comme courtier, l'Europe entière. Il s'attacha à l'étude des langues vivantes et apprit en quelques années, dit-on, le français, l'italien, l'allemand, l'espagnol, le portugais et le hollandais. En 1819, il passa plusieurs mois à Pétersbourg, fit de nombreuses connaissances dans le monde scientifique et littéraire russe et publia, en 1820, une Anthologie russe. Il donna un second recueil en 1823; en 1824, il publia sa traduction des romances espagnoles et bataves; trois ans plus tard, des poésies serbes et polonaises; en 1830, des chants magyars; en 1832, des chants tchèques.

Quant à la politique, il s'y fit remarquer dès 1822. Arrêté à Calais, porteur de dépêches au ministre portugais annonçant le projet du gouvernement des Bourbons d'envahir la péninsule hispanique, il fut mis en prison. Canning le fit relâcher, mais déjà compromis dans le complot pour délivrer les sergents de La Rochelle, il fut expulsé du territoire français. Il s'en vengea par un pamphlet: Détails sur l'emprisonnement et la mise en liberté d'un Anglais par le gouvernement des Bourbons (Londres, 1823). En 1830, il rédigea, au nom des citoyens de Londres, une adresse félicitant le peuple français d'avoir expulsé les Bourbons; aussi fut-il le premier Anglais reçu par Louis-Philippe après qu'il eût été reconnu par la Grande-Bretagne. Élève et ami du publiciste Jérémie Bentham, dont il exposa les principes dans la Revue de Westminster, il devint son exécuteur testamentaire et donna une édition posthume des Œuvres complètes du maître. Député de Kilmarnock en 1832, il fut nommé membre d'une commission chargée d'étudier les relations commerciales entre la France et l'Angleterre et rédigea avec Villiers un rapport remarquable sur cette question: Reports on the commercial relations between France and Great-Britain (Londres, 1835-1836, 2 vol.). Malgré ses opinions avancées, le gouvernement lui confia à plusieurs reprises la mission d'étudier les méthodes financières des divers États de l'Europe, et ses observations apportèrent un complet changement dans l'Échiquier britannique. Il fit de nouveaux voyages dans toute l'Europe, la Turquie d'Asie, l'Égypte et la Nubie. Ami de Cobden, il joua un rôle important dans l'abolition du système protectionniste; mais, ayant perdu une partie de sa fortune dans des spéculations industrielles, il abandonna la politique et fut nommé, en 1849, consul britannique à Canton; en 1854, gouverneur de Hong-Kong et créé baronnet. Ce fut lui qui provoqua la guerre anglo-chinoise. Rappelé de son poste, il négocia plusieurs fois des traités de commerce avec les divers pays étrangers et mourut le 23 novembre 1872.

* * * * *

John Bowring était un polyglotte réputé et si son nom n'est pas encore oublié, c'est surtout à cette connaissance de nombreux idiomes qu'il le doit.

Nous ne prétendons pas lui disputer ce mérite qu'il n'a du reste jamais revendiqué. Nous nous préoccupons uniquement de savoir s'il connaissait des langues slaves. Nous regrettons d'avoir à le dire, M. Bowring était un polyglotte quelque peu pressé; il voulait, en six mois, apprendre la langue des Magyars ou des Tchèques, en traduire les chefs-d'œuvre et jusqu'à en écrire l'histoire littéraire. Il va sans dire que ce manque de patience eut quelques inconvénients. C'est ainsi qu'après avoir appris le russe, le serbe et le polonais, en étudiant le hongrois[865], il classait cette dernière langue parmi les idiomes slaves[866]. Heureusement pour lui, l'ignorance en ces matières était si grande dans les pays étrangers que personne ne songea à le corriger—car personne n'aurait pu le faire. Tout au contraire, au mois d'août 1821, Raynouard consacra, dans le Journal des Savans, un long article à l'Anthologie russe[867] de Bowring et l'engagea à publier l'histoire littéraire qu'il avait annoncée: «Son goût et son talent, disait-il, garantissent d'avance le succès de cette belle entreprise[868].»

M. Bowring avait trouvé un moyen assez simple de confectionner ses versions. Le russe, il l'ignorait, ou tout au plus il n'en connaissait que l'alphabet, car, sept ans après sa première anthologie, il ne put comprendre une lettre que lui adressait Karadjitch, en cette langue; il avait besoin d'une traduction anglaise[869]. Mais il savait l'allemand et le français, et les naïfs écrivains de Pétersbourg, comme plus tard ceux de Prague, heureux de voir leurs poèmes présentés au public européen, se chargeaient de fournir à lord Bowring des traductions littérales en ces deux langues[870]. Ainsi il lui arriva une singulière aventure: il inséra dans son Anthologie russe une traduction de la Chute des feuilles de Millevoye!

Lorsqu'il connut le grand succès des Volkslieder der Serben de Mlle von Jakob, John Bowring eut idée d'éditer, lui aussi, une anthologie serbe. Il donna d'abord, dans la Westminster Review, un article sur la poésie de ces pays (juillet 1826), et, neuf mois plus tard, un recueil de chants choisis, précédé d'une longue introduction: Srpske Narodne Piesme (Servian Popular Poetry). Dans l'introduction, comme dans l'ouvrage, il cita abondamment les écrits de Karadjitch, mais il garda le silence sur la traduction allemande d'après laquelle la sienne était faite, comme il le reconnut dans une lettre de pénitent qu'il écrivit à Mlle von Jakob, mais qu'il ne rendit jamais publique[871].

Il est facile, en effet, de se rendre compte de sa dette envers la spirituelle dame allemande. Toutes ses notes, quand elles ne proviennent pas d'un article de Kopitar sur la poésie serbe et la poésie grecque[872], proviennent des Volkslieder der Serben. Sa traduction même est une reproduction fidèle de la version allemande. Là, où Mlle von Jakob, pour conserver l'allitération de l'original, avait rendu:

Oï snachitzé, remmena roujitzé!
[Belle-sœur, rose vermeille!]

Brudersweibchen, süsses schönes Täubchen!

Bowring traduisit littéralement:

Brothers wife! thou sweet and lovely dovelet[874]!

Croyant que Mlle von Jakob ne comprenait pas l'anglais, il voulut lui adresser un exemplaire de son livre, mais lorsqu'il eut appris qu'elle le savait aussi bien que sa langue maternelle, il attendit que les critiques eussent dit leur mot au sujet de la Servian Popular Poetry et n'envoya le livre qu'une année plus tard[875]. Il ne fut pas peu surpris de lire un jour la vérité dans l'ouvrage bien connu de Mlle Jakob: Historical View of the Slavic Languages and Literature (New-York, 1850).

M. Bowring était un amateur d'autographes et, comme la plupart des Anglais, entretenait une correspondance énorme. Il accablait de ses lettres tous les grands hommes du jour. «Les injures anonymes et signées pleuvent de tous côtés, écrivait Lamennais, dans une lettre à une de ses amies, au lendemain de la publication de l'Essai sur l'indifférence. Il m'en vient jusque d'Angleterre. Un nommé Bourring prend la liberté de m'adresser un petit pamphlet où, d'un bout à l'autre, il me représente comme une espèce de monstre, moitié âne et moitié tigre; ce qui ne l'empêche pas, chose plaisante, de finir son billet d'envoi en assurant qu'il respecte comme il doit respecter les talents, le zèle et le cœur de Monsieur l'Abbé. Que dites-vous de ce brave homme et de cette politesse anglaise[875]?»

Ce «nommé Bourring» qui irritait tant l'auteur des Paroles d'un croyant, n'était autre que l'aimable traducteur de l'anthologie russe. On a de lui en effet une petite brochure, celle dont parle Lamennais: Ultra-Catholicism in France, in a Letter to the Editor of «The Monthly Repository» (Hackney, s. d., 8 pp. in-8º)[876].

Bowring était entré en relations avec plusieurs philologues slaves distingués: Dobrowsky, Kopitar, Hanka, Karadjitch. Mais dès qu'il eut publié quelques articles en anglais, on comprit qu'il n'était pas aussi savant qu'on l'eût imaginé. Le 26 juillet 1828, Kopitar écrivait à Hanka: «Bowring non solum me ridiculum fecit, et compromisit, ac si quid fecissem pro re slavica, imo plus Dobrovio fecissem—woran kein wahres Wort ist, sed et vos omnes, utpote de nemeis querentes, praesertim vero Kollarium, quem dicit non fuisse intellectum a censore Budensi. In Ungarn kann alles in integrum restituirt, und Kollar für das kleine Vergnügen des Bowringschen Compliments blutig büssen. «Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami. Mieux vaudrait un sage ennemi», sagte schon der alte La Fontaine. Ich habe den Bowring und seine Commissionen an Dr. Rumy cedirt, ne invitus noceam amicis et bonae causae[877].»

John Bowring était assez connu à Paris. Le Moniteur annonçait son arrivée[878]. David d'Angers a fait de lui un médaillon qu'on peut voir aujourd'hui au Musée du Louvre.

Il est probable que Mérimée l'avait rencontré quelque part après la lettre dont nous avons parlé (1827) et la nouvelle édition de la Guzla (1842). Ses amis Sutton Sharpe et Edward Ellice le connaissaient[879]. Lui-même, plus tard, en 1860, dans une lettre à Panizzi, parle de sir John Bowring comme d'un homme qu'il connaît personnellement[880].

Ce qu'il y a de plus amusant dans cette histoire, c'est que, le 4 septembre 1828, Bowring écrivait à Čelakovsky pour tourner en dérision Gerhard qui avait traduit la Guzla en allemand: «Vous savez peut-être qu'une collection apocryphe a été publiée à Paris, sous le nom de la Gusla (sic); M. Gerhard en a publié à Leipzig une traduction complète comme si elle était authentique[881].»

Sans doute, Bowring était un honnête homme, mais il s'exagérait son importance et ne se rendait pas assez compte combien toutes ces petites manœuvres étaient ridicules. Son biographe nous assure gravement que sir John préparait une œuvre monumentale qui devait être publiée sous sa direction, une Histoire universelle de la poésie populaire (sic); il devait avoir pour COLLABORATEURS: Mlle von Jakob, Fauriel, Mickiewicz, etc.[882] Or, Mlle von Jakob se moquait de lui, l'appelait «dandy qui voulait être universel» et jugeait sévèrement son ignorance[883]. Nous ne savons ce que Fauriel pensait de lui, mais il est très douteux qu'il ait consenti à collaborer à cette vague entreprise. Au demeurant, c'était un excellent homme que sir John; et n'est-ce pas déjà beaucoup, pour un homme aussi affairé qu'il l'était, d'avoir su goûter comme il l'a fait, la poésie populaire[884]?

§ 2

LA CRITIQUE DE LA «MONTHLY REVIEW»

C'est sans doute sur le conseil de son ami Stendhal, collaborateur de plusieurs revues anglaises, que Mérimée adressa un certain nombre d'exemplaires de la Guzla aux bureaux de rédaction londoniens. Il ne fut pas déçu dans son espoir: trois mois après l'apparition de son ouvrage, un des périodiques britanniques les plus en renom, la Revue du Mois, lui consacra une critique de douze pages. Cet article, resté, comme tant d'autres, absolument inconnu des bibliographes de Mérimée, contient plus d'un passage intéressant et qui, même, ont un certain piquant; il prouve combien Mérimée a su exploiter la curiosité qu'on manifestait à l'étranger pour la poésie populaire[885].

«Sous le titre de la Guzla, y disait-on, un charmant petit livre vient de faire son apparition à Paris. Il a la prétention de nous donner la traduction littérale française de quelques ballades populaires illyriennes telles que, par les montagnes au Sud du Danube, au son de la guzla, les chantent, aujourd'hui encore, d'errants ménétriers.

«Cet instrument est celui dont fait mention M. Bowring dans son introduction à ses intéressants spécimens de la poésie populaire serbe, comme étant employé par les bardes de Serbie pour accompagner leurs chants.»

«Les Provinces d'Illyrie sont, en fait, comprises sous le nom de Serbie, et leurs habitants, pour diverses raisons, en sont généralement si semblables de mœurs, de coutumes, de langage, que nous nous attendions à plus d'homogénéité qu'il n'en semble exister entre les poésies populaires recueillies dans cet ouvrage et celles publiées par M. Bowring. Nous n'hésitons pas à donner notre préférence au volume que nous avons actuellement devant nous, quoique, à vrai dire, il présente à la comparaison certains désavantages. Cependant, il ne faut pas oublier que M. Bowring doit entièrement ses spécimens à un célèbre Serbe, Vouk, qui publia ses volumes dans une contrée où l'on doit tenir compte de la jalousie, et souvent aussi du caprice, enfin des craintes absurdes: une simple ballade, aussi insignifiante soit-elle, peut provoquer la colère des autorités politiques. On pourrait également faire ressortir qu'un Serbe ne saurait être le meilleur juge de celles de ces manifestations poétiques de son pays qui doivent s'imposer à l'admiration des étrangers. Mais enfin, le petit volume que nous venons de signaler est l'ouvrage d'un étranger perspicace et persévérant qui vit le ménétrier lui-même, étudia les caractères de son œuvre; il fut guidé dans le choix qu'il fit des chants traditionnels de l'Illyrie par l'impression qu'ils firent sur son propre cœur et son imagination.»

«On appréciera comme nous la compétence du traducteur (dont nous ignorons le nom) lorsque nous aurons dit que, Italien de naissance, il avait pour mère une Morlaque de Spalato dont la langue lui était familière à l'égal de la sienne.»

Après quoi, le critique cita abondamment la préface de la Guzla et la Notice sur Hyacinthe Maglanovich; il remarque toutefois que Mérimée donne de l'instrument serbe une autre description que M. Bowring. Il s'agissait de savoir si la guzla n'avait qu'une seule corde, comme le disait la traduction française, ou trois, comme le prétendait l'Anglais. Grâce à Fortis, la traduction française eut raison.

Puis le critique continuait: «Presque toutes les compositions attribuées dans ce volume à Maglanovich, y compris les effusions improvisées de sa Muse, sont particulièrement remarquables. Élevé au milieu de ces scènes de la nature si propres à exalter un tempérament poétique, il n'eût pas été surprenant de voir le barde illyrien abandonner son imagination à d'innocentes rêveries méditatives. Mais ce maître de la guzla a des dispositions plus pratiques. Ses poèmes visent à l'effet direct: hardiesse de pensée, énergie d'expression: telles sont leurs caractéristiques. Ils chantent la vengeance triomphante et la bravoure hardie. Parfois aussi ils sont d'une légèreté d'expression, avec laquelle les plus puissantes émotions de la passion ne sont pas incompatibles. Peut être, le lecteur voudra-t-il trouver dans les deux chants suivants un exemple des remarques précédentes. Le premier fut improvisé par Maglanovich sur les funérailles d'un parent, un brigand, qui trouva la mort dans une rencontre avec la police.»

Suit une traduction en prose du Chant de Mort et des Braves Heyduques, cette dernière pièce, de l'avis du critique anglais, est «d'un caractère plus puissant». «Les effets d'un pareil lyrisme sur les foules sauvages auxquelles ces chants étaient adressés, accrus surtout par le charme personnel du ménétrier, sont incalculables.» Et il poursuivait: «Après avoir, par des exemples, permis au lecteur d'apprécier le génie de Maglanovich, nous choisissons dans les autres parties du volume une ou deux pièces qui, bien que différentes par leur caractère de celles déjà données, sont encore, par leur perfection, dignes de figurer parmi les meilleures productions du barde illyrien. La ballade suivante fut tirée d'un chant de Narenta; on la dit très populaire dans le Monténégro.» C'était: Hadagny, dont il rendit en anglais la première partie, tandis qu'il analysait la seconde; puis venait la Barcarolle qu'il traduisit en vers «parce que la prose se transformait ainsi d'elle-même». Nous citerons cette traduction qui est assez heureusement tournée: