Désintéressement de Jeanne.

Le maire entra et demanda à Jeanne si la défunte avait fait un testament pour lui donner son bien; car elle avait toujours dit que sa fille adoptive serait son héritière.

«Non, monsieur le maire, dit Jeanne; si elle avait fait quelque chose pour moi, elle me l'aurait bien dit....

--Mais elle ne se croyait peut-être pas si près de sa fin; vous ne lui avez donc pas rappelé ce qu'elle devait faire pour vous?

--Non vraiment, monsieur le maire, j'en aurais été bien fâchée! Si la pauvre femme s'était crue en danger, cette idée l'aurait peut-être fait mourir plus tôt. Elle n'a pas eu un seul instant la pensée que tout serait bientôt fini pour elle, et pour tout l'or du monde je ne le lui aurais pas dit. D'ailleurs, je suis jeune et je peux travailler: il est juste que son neveu hérite; il faudra l'avertir.

--Je vais lui envoyer un exprès,» dit le maire. Et il sortit.

[Illustration: Jeanne se mit à genoux]

Jeanne se mit à genoux au pied du lit et lut les prières des morts; de temps en temps elle se levait pour embrasser la défunte, puis elle continuait ses prières en pleurant. Elle fit la veillée du corps en compagnie des deux bonnes voisines qui ne voulurent pas la quitter.