Jeanne a grande envie d'avoir une vache.
Jeanne désirait beaucoup avoir une vache, et en parlait souvent à son mari, qui lui disait:
«Ma pauvre femme, tu as deux enfants à soigner, bientôt trois; si Mme Isaure t'en donne un a nourrir, ça fera quatre; je te demande si tu pourras t'occuper de ta vache!
--Je prendrai pour m'aider cette pauvre mère Henri qui demande son pain, et elle viendra pour peu de chose. Elle gardera mes bêtes aux champs, puis elle ira à l'herbe; je n'aurai que la peine de traire la vache et la chèvre, de soigner le laitage, et tu nettoieras l'étable le soir. Car, vois-tu, je veux avoir une vache bien propre; je la ferai étriller tous les jours, comme Étienne Durand fait au Grand Bail; j'ai remarqué, que, quand elles ont le poil bien brillant, elles donnent plus de lait et du meilleur.
--Si tu veux te faire aider, c'est différent, parce que je n'entends pas que tu te tues à l'ouvrage, je t'en avertis. L'autre jour, le maréchal m'a proposé un cheptel; veux-tu que j'aille lui demander s'il est toujours dans la même intention?
--Oh! oui, mon homme, va; ça vaudra mieux pour commencer, que d'acheter une vache nous-mêmes et de rester sans le sou.»
Grand Louis alla voir le maréchal et revint bien vite dire à sa femme qu'on lui achèterait une vache, et que le père Tixier la choisirait lui-même.
Jeanne fut bien contente d'avoir une vache; elle la menait paître souvent comme elle avait fait autrefois chez la mère Nannette; sa fille conduisait la chèvre, et le petit Sylvain les suivait.
L'année se passa bien, la récolte fut bonne, grand Louis serra ses gerbes dans un coin de la grange du Grand-Bail; il fit son vin en commun avec maître Tixier, chez lequel il travaillait toujours.
Il paya les premiers cent francs avec son temps, et il gagna assez en plus pour acquitter une bonne partie de la rente viagère du père Colis. Jeanne eut un autre garçon qu'on appela Paul, et qu'elle nourrit sans trop de fatigue.