Commentaire par le traducteur

On ne trouvera dans ce livre ni de l’érudition ni de l’élégance. L’écrivain assez habile pour traduire élégamment le vers de Malczewski32 risquerait encore de travestir son poète, et de ternir le miroir dans lequel apparaissent avec tant de netteté cette „féconde Ukraine”, pays des vampires et des légendes, où l’on heurte à chaque pas une tombe33 et un souvenir, et ces magnats de la vieille Pologne, batailleurs et magnifiques, dont nous expions aujourd’hui les crimes et les fautes. La vérité respire dans l’œuvre de Malczewski, et je ne sais si l’on pourrait peindre avec des images plus frappantes une nature sauvage et triste, et les scènes terribles que tant d’années ont vues se renouveler, à l’époque glorieuse où les Polonais faisaient à l’Occident qui les oublie un rempart de leurs poitrines; je ne sais si l’on pourrait prêter un langage plus énergique ou plus étrange au pur amour, à la vengeance, à la haine, à la superstition. Pourquoi effacer, sous prétexte de les polir, les traits parfois rudes d’une œuvre si originale? Aussi, bien que j’aie commis, sans aucun doute, plusieurs contre-sens, on me saura gré, je pense, d’avoir été esclave du texte.

Mes phrases lourdes, obscures, incorrectes, ne sont pas rachetées par des annotations savantes. Aux réflexions curieuses et trop rares de Malczewski, aux intéressantes descriptions du chevalier de Beauplan34, je n’ai presque rien ajouté. Si l’on voulait écrire à la suite du poème tous les commentaires qu’il admet, les occasions ne manqueraient pas de faire des rapprochements ingénieux. Mais une pareille tâche est au dessus de mes forces, et je désire que Malczewski trouve parmi les Polonais un traducteur digne de lui.

Le lecteur, j’ose l’espérer, verra sans déplaisir mes scrupules, et sera indulgent pour ma faiblesse.