»Ce n’était pas aussi mal que vous le dites.«
»Vous n’écoutiez pas« s’écria-t-elle; »vous étiez en train de rédiger une dépêche. Je lisais cela dans vos yeux. Ah! c’est la dépêche surtout, que j’aurais aimé lire.«
»Je n’en doute pas.«
»Eh bien non! car en vous observant je me disais: je voudrais qu’il écoute. Vous avez de notre musique un sentiment véritable. Involontairement vous eussiez comparé, et malgré vous vos sympathies se seraient portées vers nous profondément.«
Yvonne Müller s’anima soudain d’une belle ardeur, mêlée d’une grande incertitude; elle trouva un nouvel accent pour reprendre.
»Eh bien, qu’y a-t-il?«
»Vous savez bien, ces fous« dit-elle »qui se prennent pour le pape ou l’empereur Napoléon, et passent leur temps à signer des actes imaginaires? Mon mal n’est pas de me croire, mais de vouloir être tout un monde de choses! Rester en dehors des évènements m’accable! Et pour peu que deux souverains aient une rencontre, je suis bouleversée.«
»Et pourquoi, grands dieux?«
»Mais parce que je voudrais en être. Ne riez pas! — Si vous saviez« continua-t-elle, »combien j’avais intérêt et hâte de venir vous voir! les avis chez nous sont très partagés sur votre compte. Alors je voulais une bonne fois et de mon propre chef vous observer moi-même.«