„Joli mot. Dis-moi donc ... Il n’aurait pas été fort difficile de rêver ce rêve-là plus tôt. C’est un peu tard, que monsieur se résout d’adresser la parole à son humble servante.“
„Pourquoi des paroles?“ sagte er. „Pourquoi parler? Parler, discourir, c’est une chose bien républicaine, je le concède. Mais je doute, que ce soit poétique au même degré. Un de nos pensionnaires, qui est un peu devenu mon ami, M. Settembrini ...“
„Il vient de te lancer quelques paroles.“
„Eh bien, c’est un grand parleur sans doute, il aime même beaucoup à réciter de beaux vers, – mais est-ce un poète, cet homme-là?“
„Je regrette sincèrement de n’avoir jamais eu le plaisir de faire la connaissance de ce chevalier.“
„Je le crois bien.“
„Ah! Tu le crois.“
„Comment? C’était une phrase tout-à-fait indifférente, ce que j’ai dit là. Moi, tu le remarques bien, je ne parle guère le français. Pourtant, avec toi je préfère cette langue à la mienne, car pour moi, parler français, c’est parler sans parler, en quelque manière, – sans responsabilité, ou comme nous parlons en rêve. Tu comprends?“
„A peu près.“
„Ça suffit ... Parler“, fuhr Hans Castorp fort, „– pauvre affaire! Dans l’éternité, on ne parle point. Dans l’éternité, tu sais, on fait comme en dessinant un petit cochon: on penche la tête en arrière et on ferme les yeux.“