II

On entend passer un coche,
Le lourd coche de la mort,
Il vient, il roule, il approche,
L'eau hurle et la bise mord.
Le dur cocher, dans la plaine
Aux aspects noirs et changeants,
Conduit sa voiture pleine
De toute sorte de gens.
Novembre souffle, la terre
Frémit, la bourrasque fond;
Les flèches du sagittaire
Sifflent dans le ciel profond.

III

—Cocher, d'où viens-tu? dit l'arbre.
—Où vas-tu? dit l'eau qui fuit.
Le cocher est fait de marbre
Et le coche est fait de nuit.
Il emporte beauté, gloire,
Joie, amour, plaisirs bruyants;
La voiture est toute noire,
Les chevaux sont effrayants.
L'arbre en frissonnant s'incline,
L'eau sent les joncs se dresser.
Le buisson sur la colline
Grimpe pour le voir passer.

IV

Le brin d'herbe sur la roche,
Le nuage dans le ciel,
Regarde marcher ce coche,
Et croit voir rouler Babel.
Sur sa morne silhouette,
Battant de l'aile à grands cris,
Volent l'orage, chouette,
Et l'ombre, chauve-souris.
Vent glacé, tu nous secoues!
Le char roule, et l'œil tremblant,
À travers ses grandes roues,
Voit un crépuscule blanc.

V

La nuit, sinistre merveille,
Répand son effroi sacré;
Toute la forêt s'éveille,
Comme un dormeur effaré.
Après les oiseaux, les âmes!
Volez sous les cieux blafards.
L'étang, miroir, rit aux femmes
Qui sortent des nénuphars.
L'air sanglote, et le vent râle,
Et, sous l'obscur firmament,
La nuit sombre et la mort pâle
Se regardent fixement.

But the twenty-fifth poem in this book of lyrics has assuredly never been excelled since first the impulse of articulate song awoke in the first recorded or unrecorded poet.

Proscrit, regarde les roses;
Mai joyeux, de l'aube en pleurs
Les reçoit toutes écloses;
Proscrit, regarde les fleurs.
—Je pense
Aux roses que je semai.
Le mois de mai sans la France,
Ce n'est pas le mois de mai.
Proscrit, regarde les tombes;
Mai, qui rit aux cieux si beaux,
Sous les baisers des colombes
Fait palpiter les tombeaux.
—Je pense
Aux yeux chers que je fermai.
Le mois de mai sans la France.
Ce n'est pas le mois de mai.
Proscrit, regarde les branches,
Les branches où sont les nids;
Mai les remplit d'ailes blanches
Et de soupirs infinis.
—Je pense
Aux nids charmants où j'aimai.
Le mois de mai sans la France,
Ce n'est pas le mois de mai.