Quelquefois, quand ils avaient été bien sages, je leur racontais une histoire.... J’avais composé à leur intention cinq ou six petits contes fantastiques: Les Débuts d’une cigale, Les Infortunes de Jean Lapin, etc. (voir p. 43).
LE CHAT, LA BELETTE ET LE PETIT LAPIN
Raconter à votre façon la fable suivante de La Fontaine.
Du palais d’un jeune lapin
Dame belette, un beau matin,
S’empara: c’est une rusée.
Le maître étant absent, ce lui fut chose aisée.
Elle porta chez lui ses pénates, un jour
Qu’il était allé faire à l’aurore sa cour
Parmi le thym et la rosée.
Après qu’il eut brouté, trotté, fait tous ses tours,
Jeannot lapin retourne aux souterrains séjours.
La belette avait mis le nez à la fenêtre.
“O dieux hospitaliers! que vois-je ici paraître!
Dit l’animal chassé du paternel logis.
Holà! madame la belette,
Que l’on déloge sans trompette,
Ou je vais avertir tous les rats du pays.”
La dame au nez pointu répondit que la terre
Était au premier occupant.
C’était un beau sujet de guerre
Qu’un logis où lui-même il n’entrait qu’en rampant!
“Et quand ce serait un royaume,
Je voudrais bien savoir, dit-elle, queue loi
En a pour toujours fait l’octroi
A Jean, fils ou neveu de Pierre ou de Guillaume,
Plutôt qu’à Paul, plutôt qu’à moi.”
Jean lapin allégua la coutume et l’usage:
“Ce sont, dit-il, leurs lois qui m’ont de ce logis
Rendu maître et seigneur, et qui, de père en fils,
L’ont de Pierre à Simon, puis à moi Jean, transmis.
Le premier occupant, est-ce une loi plus sage?
— Or bien, sans crier davantage,
Rapportons-nous, dit-elle, à Raminagrobis.”
C’était un chat vivant comme un dévot ermite,
Un chat faisant la chattemite,
Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras,
Arbitre expert sur tous les cas.
Jean lapin pour juge l’agrée.
Les voilà tous deux arrivés
Devant sa majesté fourrée.
Grippeminaud leur dit: “Mes enfants, approchez,
Approchez; je suis sourd, les ans en sont la cause.”
L’un et l’autre approcha, ne craignant nulle chose.
Aussitôt qu’à portée il vit les contestants,
Grippeminaud, le bon apôtre,
Jetant des deux côtés la griffe en même temps,
Mit les plaideurs d’accord en croquant l’un et ’autre.
Ceci ressemble fort aux débats qu’ont parfois
Les petits souverains se rapportant aux rois.
VI
Le petit Chose rêve aux yeux noirs toutes les nuits, il n’en dort plus (voir p. 60).
UN RÊVE
1. Les yeux noirs habitent, libres et heureux, dans un grand château avec leurs parents, dont ils sont toute la joie.
2. Arrive l’horrible fée aux lunettes, qui les force à la suivre, les retient prisonniers au collège de Sarlande et les fait coudre d’un bout de l’année à l’autre.
3. Désespoir des parents; leurs recherches inutiles. Ils finissent par annoncer qu’ils donneront leur fille en mariage à celui qui la leur rendra.
4. Le petit Chose délivre les yeux noirs et les ramène au château. Grandes réjouissances.
5. La mère informe sa fille de la promesse qu’on a faite de sa main. Celle-ci rougit et avoue tout bas qu’elle aimait déjà son libérateur avant qu’il la délivrât.
VII
Quand il entrait dans l’étude brusquement, ses clefs à la main, c’était comme une pierre dans un étang de grenouilles (voir p. 65).