J'ai dans l'idée que l'idée si frivole que j'ai eu d'aller faire un voyage au Caucase—est une idée qui m'a été inspirée d'en haut. C'est la main de Dieu qui m'a guidé—je ne cesse de l'en remercier. Je sens que je suis devenu meilleur ici (et ce n'est pas beaucoup dire puisque j'ai été très mauvais) et je suis fermement persuadé que tout ce qui peut m'arriver ici ne sera que pour mon bien, puisque c'est Dieu lui-même qui l'a voulu ainsi. Peut-être c'est une idée bien hardie, néanmoins j'ai cette conviction. C'est pour cela que je supporte les fatigues et les privations physiques dont je parle (ce ne sont pas des privations physiques—il n'y en a pas pour un garçon de 23 ans qui se porte bien) sans les ressentir, même avec une espèce de plaisir en pensant au bonheur qui m'attend.
Voilà comment je le représente:
Après un nombre indéterminé d'années, ni jeune, ni vieux, je suis à Yásnaya; mes affaires sont en ordre, je n'ai pas d'inquiétudes, ni de tracasseries. Vous habitez Yásnaya aussi. Vous avez un peu vieillie, mais êtes encore fraîche et bien portante. Nous menons la vie que nous avons menée,—je travaille le matin, mais nous nous voyons presque toute la journée. Nous dînons. Le soir je fais une lecture qui ne vous ennuie pas, puis nous causons—moi je vous raconte ma vie au Caucase, vous me parlez de vos souvenirs—de mon père, de ma mère, vous me contez des 'terrible tales' que jadis nous écoutions les yeux effrayés et la bouche béante. Nous nous rappelons les personnes qui nous ont été chères et qui ne sont plus; vous pleurerez, j'en ferai de même, mais ces larmes seront douces; nous causerons des frères qui viendront nous voir de temps en temps, de la chère Marie qui passera aussi quelques mois de l'année a Yásnaya qu'elle aime tant, avec tous ses enfants. Nous n'aurons point de connaissances—personne ne viendra nous ennuyer et faire des commérages. C'est un beau rêve, mais ce n'est pas encore tout ce que je me permets de rêver.—Je suis marié—ma femme est une personne douce, bonne, aimante; elle a pour vous le même amour que moi; nous avons des enfants qui vous appellent grandmaman; vous habitez la grande maison en haut, la même chambre que jadis habitait grandmaman. Toute la maison est dans le même ordre qu'elle a été du temps de papa et nous recommençons la même vie, seulement en changéant de rôle; vous prenez le rôle de grandmaman, mais vous êtes encore meilleure; moi le rôle de papa, mais je désespère de jamais le mériter; ma femme celui de maman, les enfants le nôtre; Marie le rôle des deux tantes, leurs malheurs exceptés.... Mais il manquera un personnage pour prendre le rôle que vous avez joué dans notre famille; jamais il ne se trouvera une âme aussi belle, aussi aimante que la vôtre. Vous n'avez pas de successeur. Il y aura trois nouveaux personnages, qui paraîtront de temps en temps sur la scène—les frères, surtout l'un qui sera souvent avec nous: Nicolas—vieux garçon, chauve, retiré du service, toujours aussi bon, aussi noble.
I imagine how he will, as of old, tell the children fairy tales of his own invention, and how they will kiss his greasy hands (but which are worthy of it), how he will play with them, how my wife will bustle about to get him his favourite dishes, how he and I will recall our common memories of days long past, how you will sit in your accustomed place and listen to us with pleasure; how, as of yore, you will call us, old men, 'Lyóvotchka' and 'Nikólenka,' and will scold me for eating with my fingers, and him for not having clean hands.
Si on me faisait empereur de Russie, si on me donnait le Pérou, en un mot si une fée venait avec sa baguette me demander ce que je désire—la main sur la conscience, je répondrais que je désire seulement que ce rêve puisse devenir une réalité.
He returned to Starogládovsk a Junker, and in February took part in an expedition as a non-commissioned artillery officer, and nearly received a St. George's Cross for bravery, but lost it because, once again, he had not his documents in order.
Writing to his Aunt Tatiána some months later (June 1852), he says:
[10]Pendant cette expédition, j'ai eu l'occasion d'être deux fois présenté à la croix de St. Georges et je n'ai pas pu la recevoir à cause du retard de quelques jours de ce maudit papier. J'ai été présenté pour la journée du 18 Février (ma fête), mais on a été obligé de refuser à cause du manque de ce papier. La liste des présentations partit le 19, le 20 le papier était arrivé. Je vous avoue franchement que de tous les honneurs militaires c'est cette seule petite croix que j'ai eu la vanité d'ambitionner.
On a second occasion he had the refusal of the coveted cross, but his Colonel pointed out to him that besides being sometimes given to Junkers favoured by their officers, these crosses were also, and more usually, granted to old and deserving privates, whom they entitled to a life pension; and that if Tolstoy would forego the one intended for him, it would be given to a veteran who deserved it, and to whom it would secure a subsistence for his old age. Tolstoy, to his honour be it said, renounced the coveted decoration. He had a third chance of securing it later on, but this time, absorbed in playing chess till late at night, he omitted to go on duty, and the Commander of the Division noticing his absence, placed him under arrest and cancelled the award which had been already made in his favour. Chess, I may here mention, has always been a favourite game of Tolstoy's. He has never studied the game from books, but has played much and plays ingeniously and well.
The kind of warfare in which he was now engaged, is well described in The Raid and The Wood-Felling. A detachment would set out to seize a Tartar village, make a clearing in a forest, or capture cattle. It would exchange cannon- and rifle-shots with Tartar skirmishers, and would lose perhaps half a dozen men killed or wounded before accomplishing its object; but the more serious part of the work came when the expedition returned to the fortified camp from which it had started. As soon as the retreat commenced, Tartar sharpshooters would swarm out, trying to cut off stragglers and inflicting as much damage as possible. Even after the Russians were beyond rifle-shot, a chance ball from a Tartar cannon might reach them within sight of their own quarters.