Son père est un homme assez riche, mais qui a son argent enterré et ne donne pas le sou à son fils. Le fils pour avoir de l'argent va voler chez l'ennemi des chevaux, des vaches; quelquefois il expose 20 fois sa vie pour voler une chose qui ne vaut pas 10 r., mais ce n'est pas par cupidité qu'il le fait, mais par genre. Le plus grand voleur est très estimé et on l'appelle 'Dzhigit,' un Brave. Tantôt Sado a 1000 r. arg., tantôt pas le sou. Après une visite chez lui, je lui ai fait cadeau de la montre d'argent de Nicolas et nous sommes devenus les plus grands amis du monde. Plusieurs fois il m'a prouvé son dévouement en s'exposant à des dangers pour moi, mais ceci pour lui n'est rien—c'est devenu une habitude et un plaisir.

Quand je suis parti de Stáry Urt et que Nicolas y est resté, Sado venait chez lui tous les jours et disait qu'il ne savait que devenir sans moi et qu'il s'ennuyait terriblement. Par une lettre je faisais connaître à Nicolas, que mon cheval étant malade, je le priais de m'en trouver un à Stáry Urt; Sado ayant appris cela n'eut rien de plus pressé que de venir chez moi et de me donner son cheval, malgré tout ce que j'ai pu faire pour refuser.

Après la bêtise que j'ai fait de jouer à Stáry Urt, je n'ai plus repris les cartes en mains, et je faisais continuellement la morale à Sado qui a la passion du jeu et quoiqu'il ne connaisse pas le jeu, a toujours un bonheur étonnant. Hier soir je me suis occupé à penser à mes affaires pécuniaires, à mes dettes; je pensais comment je ferais pour les payer. Ayant longtemps pensé à ces choses, j'ai vu que si je ne dépense pas trop d'argent, toutes mes dettes ne m'embarrasseront pas et pourront petit à petit être payées dans 2 ou 3 ans; mais les 500 rbs., que je devais payer ce mois, me mettaient au désespoir. Il m'était impossible de les payer et pour le moment ils m'embarrassaient beaucoup plus que ne l'avaient fait autrefois les 4000 d'Ogaryéff. Cette bêtise d'avoir fait les dettes que j'avais en Russie et de venir en faire de nouvelles ici me mettait au désespoir. Le soir en faisant ma prière, j'ai prié Dieu qu'il me tire de cette désagréable position et avec beaucoup de ferveur. 'Mais comment est-ce que je puis me tirer de cette affaire?' pensai-je en me couchant. 'Il ne peut rien arriver qui me donne la possibilité d'acquitter cette dette.' Je me représentais déjà tous les désagréments que j'avais à essuyer à cause de cela: how when he presents the note for collection, the authorities will demand an explanation as to why I did not pay, etc. 'Lord, help me!' said I, and fell asleep.

Le lendemain je reçois une lettre de Nicolas à laquelle était jointe la votre et plusieurs autres—il m'écrit:

The other day Sádo came to see me. He has won your notes-of-hand from Knorring, and has brought them to me. He was so pleased to have won them, and asked me so often, 'What do you think? Will your brother be glad that I have done this?' that I have grown very fond of him. That man is really attached to you.

N'est-ce pas étonnant que de voir ses vœux aussi exaucés le lendemain même? C. à d., qu'il n'y a rien d'aussi étonnant que la bonté divine pour un être qui la mérite si peu que moi. Et n'est-ce pas que le trait de dévouement de Sado est admirable? Il sait que j'ai un frère Serge, qui aime les chevaux et comme je lui ai promis de le prendre en Russie quand j'y irai, il m'a dit, que dût-il lui en coûter 100 fois la vie, il volera le meilleur cheval qu'il y ait dans les montagnes, et qu'il le lui amènera.

Faites, je vous prie, acheter à Toúla un 6-barrelled pistol et un musical-box, si cela ne coûte pas trop cher. Ce sont des choses qui lui feront beaucoup de plaisir.

In explanation of this letter one has to mention that Sádo was a 'peaceful' Circassian, that is, one friendly to Russia (though his tribe in general were hostile), and further, that the passages printed in English in the midst of the French text, are in the original written in Russian.

A few days later we find Tolstoy on his way back to Starogládovsk, stopping (probably for post-horses) at the post-station Mozdók, and again writing his aunt a long letter in which he says:

[9]La religion et l'expérience que j'ai de la vie (quelque petite qu'elle soit) m'ont appris que la vie est une épreuve. Dans moi elle est plus qu'une épreuve, c'est encore l'expiation de mes fautes.