[6]Vous rappelez-vous, bonne tante, un conseil que vous m'avez donné jadis—celui de faire des romans? Eh bien! je suis votre conseil et les occupations dont je vous parle consistent à faire de la littérature. Je ne sais si ce que j'écris paraîtra jamais dans le monde, mais c'est un travail qui m'amuse et dans lequel je persévère depuis trop longtemps pour l'abandonner.
For two months he lived in the 'German' suburb of Tiflis, paying Rs. 5 a month (at that time equal to about 16s.) for his two-roomed lodging; disturbed by no one, writing Childhood, and trying to enter the army—the main obstacle to which was that, as usual, he found himself without his birth-certificate and other documents. He seldom enjoyed good health for many consecutive months, and during his stay in Tiflis he was confined to the house for some weeks by illness. At last, on 23rd December 1851, he was able to write to his brother, Sergius, announcing that in a few days he expected to receive his appointment as Junker in the 4th battery of artillery, and that on the day he received it he would set out for Starogládovsk, and from there go on campaign, and to the best of his ability 'assist, with the aid of a cannon, in destroying the predatory and turbulent Asiatics.' He goes on to tell of hunting. He had been out nine times, and had killed two foxes and about sixty grey hares. He had also hunted wild boar and deer, but had not killed any.
In the same letter Tolstoy mentions Hádji Mourát, the hero of a tale he wrote more than fifty years later, and that has been put aside for posthumous publication. He says: 'If you wish to show off with news from the Caucasus, you may recount that a certain Hádji Mourát (the second in importance to Shámyl himself) surrendered a few days ago to the Russian Government. He was the leading dare-devil and "brave" in all Circassia, but was led to commit a mean action.'
1852
A little later, on 6th January 1852, we find him again in Tiflis, writing to Aunt Tatiána.
[7]Je viens de recevoir votre lettre du 24 Novembre et je vous y réponds le moment même (comme j'en ai pris l'habitude). Dernièrement je vous écrivais que votre lettre m'a fait pleurer et j'accusai ma maladie de cette faiblesse. J'ai eu tort. Toutes vos lettres me font depuis quelque temps le même effet. J'ai toujours été Lyóva-ryóva [Leo, Cry-baby]. Avant cette faiblesse me faisait honte, mais les larmes que je verse en pensant à vous et à votre amour pour nous, sont tellement douces que je les laisse couler, sans aucune fausse-honte. Votre lettre est trop pleine de tristesse pour qu'elle ne produise pas sur moi le même effet. C'est vous qui toujours m'avez donné des conseils et quoique malheureusement je ne les aie pas suivis quelquefois, je voudrais toute ma vie n'agir que d'après vos avis. Permettez-moi pour le moment de vous dire l'effet qu'a produit sur moi votre lettre et les idées qui me sont venues en la lisant. Si je vous parle trop franchement je sais que vous me le pardonnerez en faveur de l'amour que j'ai pour vous. En disant que c'est votre tour de nous quitter pour aller rejoindre ceux qui ne sont plus et que vous avez tant aimés, en disant que vous demandez à Dieu de mettre un terme à votre existence qui vous semble si insupportable et isolée,—pardon, chère tante, mais il me paraît qu'en disant cela vous offensez Dieu et moi et nous tous qui vous aimons tant. Vous demandez à Dieu la mort, c. à dire le plus grand malheur qui puisse m'arriver (ce n'est pas une phrase, mais Dieu m'est témoin que les deux plus grands malheurs qui puissent m'arriver ce serait votre mort ou celle de Nicolas—les deux personnes que j'aime plus que moi-même). Que resterait-il pour moi si Dieu exauçait votre prière? Pour faire plaisir à qui, voudrais-je devenir meilleur, avoir de bonnes qualités, avoir une bonne réputation dans le monde? Quand je fais des plans de bonheur pour moi, l'idée que vous partagerez et jouirez de mon bonheur m'est toujours présente. Quand je fais quelque chose de bon, je suis content de moi-même, parce que je sais que vous serez contente de moi. Quand j'agis mal, ce que je crains le plus—c'est de vous faire du chagrin. Votre amour est tout pour moi, et vous demandez à Dieu qu'il nous sépare! Je ne puis vous dire le sentiment que j'ai pour vous, la parole ne suffit pas pour vous l'exprimer et je crains que vous ne pensiez que j'exagère et cependant je pleure à chaudes larmes en vous écrivant.
In the same letter he tells of one of those remarkable 'answers to prayer,' instances of thought-transference, or (if the reader pleases) simply coincidences, which have played so great a part in the history of all religious bodies.
[8]Aujourd'hui il m'est arrivé une de ces choses qui m'auraient fait croire en Dieu, si je n'y croyais déjà fermement depuis quelque temps.
L'été à Stáry Urt tous les officiers qui y étaient ne faisaient que jouer et assez gros jeu. Comme en vivant au camp il est impossible de ne pas se voir souvent, j'ai très souvent assisté au jeu et malgré les instances qu'on me faisait j'ai tenu bon pendant un mois; mais un beau jour en plaisantant, j'ai mis un petit enjeu, j'ai perdu, j'ai recommencé, j'ai encore perdu, la chance en était mauvaise, la passion du jeu s'est reveillée et en deux jours j'ai perdu tout ce que j'avais d'argent et celui que Nicolas m'a donné (à peu près 250 r. argent) et par dessus cela encore 500 r. argent pour lequel j'ai donné une lettre de change payable au mois de Janvier 1852.
Il faut vous dire que près du camp il y a un Aoul qu'habitent les Tchitchéniens. Un jeune garçon (Tchitchénien) Sado venait au camp et jouait, mais comme il ne savait pas compter et inscrire il y avait des chenapans qui le trichaient. Je n'ai jamais voulu jouer pour cette raison contre Sado, et même je lui ai dit qu'il ne fallait pas qu'il jouât, parce qu'on le trompait et je me suis proposé de jouer pour lui par procuration. Il m'a été très reconnaissant pour ceci et m'a fait cadeau d'une bourse. Comme c'est l'usage de cette nation de se faire des cadeaux mutuels, je lui ai donné un misérable fusil que j'avais acheté pour 8 rb. Il faut vous dire que pour devenir Kounák, ce qui veut dire ami, il est d'usage de se faire des cadeaux, et puis de manger dans la maison du Kounák. Après cela, d'après l'ancien usage de ces peuples (qui n'existe presque plus que par tradition) on devient ami à la vie et à la mort, c.à d. que si je lui demande tout son argent, ou sa femme, ou ses armes, ou tout ce qu'il a de plus précieux, il doit me les donner, et moi aussi je ne dois rien lui refuser. Sado m'a engagé de venir chez lui et d'être Kounák. J'y suis allé. Après m'avoir régalé à leur manière, il m'a proposé de choisir dans sa maison tout ce que je voudrais—ses armes, son cheval ... tout. J'ai voulu choisir ce qu'il y avait de moins cher et j'ai pris une bride de cheval montée en argent, mais il m'a dit que je l'offensais et m'a obligé de prendre une sword qui vaut au moins 100 r. arg.