By June 1854 the military and political situation was as follows. The Russians had advanced through Moldavia and Wallachia to the Danube, had crossed that river, and were besieging Silistria. Austria, supporting the other great powers, had massed a powerful army on the Turkish frontier, and a glance at the map of Europe will show that the Russian army, far removed from its base, was in imminent danger of being cut off by the Austrians, who peremptorily summoned Russia to evacuate the Principalities, and on 14th June concluded a formal alliance with the Porte. These circumstances explain the sudden abandonment of the siege of Silistria mentioned in the following letter, addressed by Leo Tolstoy to his Aunt Tatiána and to his brother Nicholas conjointly; though when he wrote it, the causes which produced the result he described were a mystery to him.

[16]Je vais vous parler donc de mes souvenirs de Silistrie. J'y ai vu tant de choses intéressantes, poétiques et touchantes que le temps que j'y ai passé ne s'effacera jamais de ma mémoire. Notre camp était disposé de l'autre côté du Danube c.à d. sur la rive droite sur un terrain très élevé au milieu de superbes jardins, appartenant à Mustafa Pasha—le gouverneur de Silistrie. La vue de cet endroit est non seulement magnifique, mais pour nous tous du plus grand intérêt. Sans parler du Danube, de ces îles et de ces rivages, les uns occupés par nous, les autres par les Turcs, on voyait la ville, la forteresse, les petits forts de Silistrie comme sur la main. On entendait les coups de canons, de fusils qui ne cessaient ni jour ni nuit, et avec une lunette d'approche on pouvait distinguer les soldats turcs. Il est vrai que c'est un drôle de plaisir que de voir de gens s'entretuer et cependant tous les soirs et matins je me mettais sur ma cart et je restais des heures entières à regarder et ce n'était pas moi le seul qui le faisait. Le spectacle était vraiment beau, surtout la nuit. Les nuits ordinairement mes soldats se mettent aux travaux des tranchées, et les Turcs se jettent sur eux pour les en empêcher, alors il fallait voir et entendre cette fusillade. La première nuit que j'ai passée au camp ce bruit terrible m'a reveillé et effrayé, je croyais qu'on est allé a l'assaut et j'ai bien vite fait seller mon cheval, mais ceux qui avait déjà passé quelque temps au camp me dirent que je n'avais qu'à me tenir tranquille, que cette canonnade et fusillade était une chose ordinaire et qu'on appela en plaisantant, 'Allah'; alors je me suis recouché, mais ne pouvant m'endormir je me suis amusé, une montre à la main, à compter les coups de canon que j'entendais et j'ai compté 110 explosions dans l'espace d'une minute. Et cependant tout ceci n'a eu de près l'air aussi effrayant que cela le paraît. La nuit, quand on n'y voyait rien, c'était à qui brûlerait le plus de poudre et avec ces milliers de coups de canons on tuait tout au plus une trentaine d'hommes de part et d'autre.

Ceci donc est un spectacle ordinaire que nous avions tous les jours et dans lequel, quand on m'envoyait avec des ordres dans les tranchées, je prenais aussi ma part; mais nous avions aussi des spectacles extraordinaires, comme celui de la veille de l'assaut quand on a fait sauter une mine de 240 pouds de poudre sous un des bastions de l'ennemi. Le matin de cette journée le prince avait été aux tranchées avec tout son état-major (comme le général auprès duquel j'étais en fait partie, j'y ai aussi été) pour faire les dispositions définies—vu pour l'assaut du lendemain. Le plan, trop long pour que je puisse l'expliquer ici, était si bien fait, tout était si bien prévu que personne ne doutait de la réussite. A propos de cela il faut que je vous dise encore que je commence à avoir de l'admiration pour le prince (au reste il faut en entendre parler parmi les officiers et les soldats, non seulement je n'ai jamais entendu dire du mal de lui, mais il est généralement adoré).

Je l'ai vu au feu pour la première fois pendant cette matinée. Il faut voir cette figure un peu ridicule avec sa grande taille, ses mains derrière le dos, sa casquette en arrière, ses lunettes et sa manière de parler comme un dindon. On voit qu'il était tellement occupé de la marche générale des affaires que les balles et les boulets n'existaient pas pour lui; il s'expose au danger avec tant de simplicité, qu'on dirait qu'il n'en a pas l'idée et qu'involontairement qu'on n'a plus peur de lui que pour soi-même; et puis donnant ses ordres avec tant de clarté et de précision et avec cela toujours affable avec chacun. C'est un grand, c.à d. un homme qui s'est voué toute sa vie au service de sa patrie et pas par l'ambition, mais par le devoir. Je vais vous raconter un trait de lui qui se lie à l'histoire de cet assaut que j'ai commencé à raconter. L'après-dîner du même jour on a fait sauter la mine, et près de 600 pièces d'artillerie ont fait feu sur le fort qu'on voulait prendre, et on continuait ce feu pendant toute la nuit, c'était un de ces coups d'œil et une de ces émotions qu'on n'oublie jamais. Le soir de nouveau le prince, avec tout le tremblement, est allé coucher aux tranchées pour diriger lui-même l'assaut qui devait commencer à 3 heures de la nuit même.

Nous étions tous là et comme toujours à la veille d'une bataille nous faisions tous semblant de ne pas plus penser de la journée de demain qu'à une journée ordinaire et tous, j'en suis sûr, au fond du cœur ressentaient un petit serrement de cœur et pas même un petit mais un grand, à l'idée de l'assaut. Comme tu sais que le temps qui précède une affaire est le temps le plus désagréable—c'est le seul où on a le temps d'avoir peur, et la peur est un sentiment des plus désagréables. Vers le matin, plus le moment approchait, plus le sentiment diminuait et vers 3 heures quand nous attendions tous à voir partir le bouquet de fusées qui était le signal de l'attaque—j'étais si bien disposé que si l'on était venu me dire que l'assaut n'aurait pas lieu, cela m'aurait fait beaucoup de peine. Et voilà que juste une heure avant le moment de l'assaut arrive un aide de camp du maréchal avec l'ordre d'ôter le siège de Silistrie. Je puis dire sans craindre de me tromper que cette nouvelle a été reçue par tous—soldats, officiers et généraux—comme un vrai malheur, d'autant plus qu'on savait par les espions, qui nous venaient très souvent de Silistrie, et avec lesquels j'avais très souvent l'occasion de causer moi-même, on savait que ce fort pris,—chose dont personne ne doutait—Silistrie ne pouvait tenir plus de 2 ou 3 jours. N'est-ce pas que si cette nouvelle devait faire de la peine à quelqu'un ce devait être au prince, qui pendant toute cette campagne ayant fait toute chose pour le mieux, au beau milieu de l'action vit venir le maréchal sur son dos pour gâter les affaires et puis ayant la seule chance de réparer nos revers par cet assaut, il reçoit le contre ordre du maréchal au moment de le commencer. Eh bien, le prince n'a pas eu un moment de mauvaise humeur, lui, qui est si impressionable, au contraire il a été content de pouvoir éviter cette boucherie, dont il devait porter la responsabilité et tout le temps de la retraite qu'il a dirigé lui-même, ne voulant passer qu'avec le dernier des soldats, qui s'est faite avec un ordre et une exactitude remarquables, il a été plus gai qu'il n'a jamais été. Ce qui contribuait beaucoup à sa bonne humeur, c'était l'émigration de près de 7000 familles bulgares, que nous prenons avec pour le souvenir de la férocité des Turcs—férocité a laquelle malgré mon incredulité j'ai été obligé de croire. Dès que nous avons quitté des différents villages bulgares que nous occupions, les Turcs y sont revenus et excepté les femmes assez jeunes pour un harem, ils ont fait main basse sur tout ce qu'il y avait. Il y a un village dans lequel je suis allé du camp pour y prendre du lait et des fruits qui a été exterminé de la sorte. Alors dès que le prince avait fait savoir aux Bulgares que ceux qui voulaient pouvaient avec l'armée passer le Danube et devenir sujets russes, tout le pays se soulève et tous avec leurs femmes, enfants, chevaux, bétails arrivent au pont,—mais comme il était impossible de les prendre tous, le prince a été obligé de refuser à ceux qui sont venus les derniers et il fallait voir comme cela le chagrinait. Il recevait toutes les députations qui venaient de ces pauvres gens, il causait avec chacun d'eux, tâchait de leur expliquer l'impossibilité de la chose, leur proposait de passer sans leurs chariots et leur bétail et en se chargeant de leurs moyens de subsistence jusqu'à ce qu'ils arrivassent en Russie, payant de sa propre bourse des vaisseaux particuliers pour les transporter, en un mot faisant tout son possible pour faire du bien à ces gens.

Oui, chère tante, je voudrais bien que votre prophétie se réalise. La chose que j'ambitionne le plus, est d'être l'aide de camp d'un homme comme lui que j'aime et que j'estime du plus profond de mon cœur. Adieu, chère et bonne tante; je baise vos mains.

The army retired to Bucharest, and here, at an officers' ball, Tolstoy seized an opportunity to beg Gortchakóf to have him transferred to where service would be most active.

The retreat from Silistria took place at the end of June, and on 2nd August we find Tolstoy starting for Russia. On the journey he fell ill and had to lie up in hospital. On 13th November in Kishinéf he renewed his application for an appointment in the Crimea, and was ordered to Sevastopol, which he reached on the 20th of that month.[17]

1854