“‘Monsieur, pardonnera si je diffère de sentiments avec lui. Je trouve ces expressions nécessaires, et pourtant bien placées; le Roi a fait des fautes; ses affections l’ont égaré; il n’y a rien là de trop.’
“‘Est-ce moi,’ reprend Monsieur, ‘qu’on veut indirectement désigner?’
“‘Oui, puisque Monsieur a placé la discussion sur ce terrain, Monsieur a fait beaucoup de mal.’
“‘Le prince de Talleyrand s’oublie!…’
“‘Je le crains, mais la vérité m’emporte.…’
“M. le Duc de Berry, avec l’accent d’une colère péniblement contrainte: ‘Il ne faut rien moins que la présence du Roi pour que je permette à qui que ce soit de traiter ainsi mon père devant moi, et je voudrais bien savoir.…’
“A ces mots, prononcés d’un ton encore plus élevé que le reste, le Roi fait signe à M. le Duc de Berry, et dit: ‘Assez, mon neveu: c’est à moi seul à faire justice de ce qui se dit en ma présence et dans mon Conseil. Messieurs, je ne peux approuver ni les termes de la proclamation, ni la discussion dont elle a été le sujet. Le rédacteur retouchera son œuvre et ne perdra pas de vue les hautes convenances qu’il faut savoir garder quand on me fait parler.’
“M. le Duc de Berry, en me désignant: ‘Mais ce n’est pas lui qui a enfilé toutes ces sottises là.’
“Le Roi: ‘Mon neveu, cessez d’interrompre, s’il vous plaît. Messieurs, je répète que j’ai entendu cette discussion avec beaucoup de regrets. Passons à un autre sujet.…’”—Mémoires du Comte Beugnot, tom. ii. p. 274.
[71] “Mais, reprend vivement M. de Talleyrand, partez donc! Tandis que nous perdons le temps en allées et venues, et à disputer sur la compétence, le pont sautera! Annoncez-vous de la part du Roi de France et comme son ministre, dites les choses les plus fortes sur le chagrin qu’il éprouve.