“Voulez-vous que je dise que le Roi va se faire porter de sa personne sur le pont, pour sauter de compagnie si le maréchal ne se rend pas?
“Non pas précisément: on ne nous croit pas faits pour un tel héroïsme; mais quelque chose de bon et de fort: vous entendez bien, quelque chose de fort.
“Je cours à l’hôtel dû maréchal. Il était absent, mais j’y trouve les officiers de son état-major réunis. Je me fais annoncer de la part du Roi de France, et je suis reçu avec une politesse respectueuse; j’explique le sujet de ma mission à celui des officiers que je devais supposer le chef de l’état-major. Il me répond par des regrets sur l’absence de M. le maréchal, et s’excuse sur l’impuissance où il est de donner des ordres sans avoir pris les siens. J’insiste, on prend le parti d’aller chercher le maréchal qu’on était sur de trouver dans le lieu confident de ses plus chers plaisirs, au Palais-Royal, No. 113. Il arrive avec sa mauvaise humeur naturelle à laquelle se joignit le chagrin d’avoir été dérangé de sa partie de trente-et-un. Il m’écoute impatiemment, et comme il m’avait fort mal compris, il me répond de telle sorte qu’à mon tour je n’y comprends rien du tout. Le chef d’état-major reprend avec lui la conversation en allemand. Elle dure quelque temps, et j’entendais assez la langue pour m’apercevoir que le maréchal rejetait avec violence les observations fort raisonnables que faisait l’officier. Enfin, ce dernier me dit que M. le maréchal n’avait pas donné l’ordre pour la destruction du pont, que je concevais sans peine comment le nom qu’il avait reçu importunait des soldats prussiens; mais que du moment que le Roi de France avait fait justice de ce nom, il ne doutait pas que les entreprises commencées contre ce pont ne cessassent à l’instant même, et que l’ordre allait en être donné. Je lui demandai la permission d’attendre que l’ordre fût parti pour que j’eusse le droit de rassurer complètement Sa Majesté. Il le trouva bon. Le maréchal était retourné bien vite à son cher No. 113; l’ordre partit en effet. Je suivis l’officier jusque sur la place, et quand je vis que les ouvriers avaient cessé et se retiraient avec leurs outils, je vins rendre compte à M. de Talleyrand de cette triste victoire. Cela lui rendit un peu de bonne humeur. ‘Puisque les choses se sont passées de la sorte, dit le prince, on pourrait tirer parti de votre idée de ce matin, que le Roi avait menacé de se faire porter sur le pont pour sauter de compagnie: il y a là matière d’un bon article de journal. Arrangez cela.’
“Je l’arrangeai en effet; l’article parut dans les feuilles du surlendemain. Louis XVIII. dût être bien effrayé d’un pareil coup de tête de sa part; mais ensuite il en accepta de bonne grâce la renommée. Je l’ai entendu complimenter de cet admirable trait de courage, et il répendait avec une assurance parfaite.…”
[72] “Vous voyez à quoi les circonstances me forcent: j’ai à vous remercier de votre zèle, vous êtes sans reproche, et rien ne vous empêche de rester tranquillement à Paris.”
[73] “J’ai eu le bonheur de rendre au Roi assez de services pour croire qu’ils n’ont pas été oubliés; je ne comprendrais pas ce qui pourrait me forcer de quitter Paris. J’y resterai, et je serai trop heureux d’apprendre qu’on ne fera pas suivre au Roi une ligne capable de compromettre sa dynastie et la France.”
[74] Of whom nineteen to be tried by military law, the rest banished. A list of sixty, who were to be warned to quit France, was in the same spirit reduced to twenty.
[75] “Gentlemen,—It is to-day sixteen years ago, that, called by him who then governed the world to give him my opinion as to a conflict which we were about to engage in with the Spanish people, I had the misfortune to displease him by unveiling the future, and revealing all the dangers likely to spring from an aggression not less unjust than rash. Disgrace was the price of my sincerity. Strange destiny! that which brings me back after this long space of time to renew to my legitimate sovereign the same efforts, the same counsels. The speech of the crown has dispelled the last hopes of the friends of peace, and, menacing Spain, is, I ought to say it, alarming for France.… Yes, I will have the courage to tell all the truth. The chivalrous sentiments, which in 1789 carried away the generous hearts of that epoch, could not save the legitimate monarchy: they may lose it in 1823.”
[76] “Sans la liberté de la presse il n’y a point de gouvernement représentatif: elle est un de ses instruments essentiels, elle en est l’instrument principal: chaque gouvernement a les siens, et nous ne nous souvenons pas assez que souvent ceux qui sont bons pour tel gouvernement sont détestables pour tel autre. Il a été démontré jusqu’à l’évidence, par plusieurs membres de cette Chambre, qui, dans cette session et dans le précédentes, ont parlé sur cette matière, que sans la liberté de la presse il n’y a point de gouvernement représentatif. Je ne vous redirai donc point ce que vous avez tous ou entendu, ou lu, et ce qui a dû souvent être l’objet de vos méditations.
“Mais il est deux points de vue sous lesquels la question ne me paraît pas avoir été suffisamment examinée et que je réduis à ces deux propositions: