“La société, dans sa marche progressive, est destinée à subir de nouvelles nécessités; je comprends que les gouvernements ne doivent pas se hâter de les reconnaître et d’y faire droit; mais quand il les ont reconnues, reprendre ce qu’on a donné, ou, ce qui revient au même, le suspendre sans cesse, c’est une témérité dont, plus que personne, je desire que n’aient pas à se repentir ceux qui en conçoivent la commode et funeste pensée. Il ne faut jamais compromettre la bonne foi d’un gouvernement. De nos jours, il n’est pas facile de tromper longtemps. Il y a quelqu’un qui a plus d’esprit que Voltaire, plus d’esprit que Bonaparte, plus d’esprit que chacun des directeurs, que chacun des ministres passés, présents, à venir, c’est tout le monde. S’engager, ou du moins persister dans une lutte où tout le monde se croit intéresse, c’est une faute, et aujourd’hui toutes les fautes politiques sont dangereuses.

“Quand la presse est libre, lorsque chacun peut savoir que ses intérêts sont ou seront défendus, on attend du temps une justice plus ou moins tardive; l’espérance soutient, et avec raison, car cette espérance ne peut être longtemps trompée; mais quand la presse est asservie, quand nulle voix ne peut s’élever, les mécontentements exigent bientôt de la part du gouvernement, ou trop de faiblesse ou trop de répression.”

[77] The Duc d’Orléans’ sister.

[78] Ah, the good prince! I knew he would not forget us.

[79] He always turned round the same idea.

[80]

“Messieurs,—

“J’étais en Amérique, lorsque l’on eut la bonté de me nommer Membre de l’Institut, et de m’attacher à la classe des sciences morales et politique, à la quelle j’ai depuis son origine, l’honneur d’appartenir.

“A mon retour en France, mon premier soin fut de me rendre à ses séances, et de témoigner aux personnes qui la composaient alors, et dont plusieurs nous ont laissé de justes regrets, le plaisir que j’avais de me trouver un de leurs collègues. A la première séance à laquelle j’assistai, on renouvelait le bureau et on me fit l’honneur de me nommer secrétaire. Le procès-verbal que je rédigeai pendant six mois avec autant de soin que je le pouvais, portait, peut-être un peu trop, le caractère de ma déférence; car j’y rendais compte d’un travail qui m’était fort étranger. Ce travail, qui sans doute avait coûté bien des recherches, bien des veilles à un de nos plus savants collègues, avait pour titre ‘Dissertation sur les Lois Ripuaires.’ Je fis aussi, à la même époque, dans nos assemblées publiques, quelques lectures que l’indulgence, qui m’était accordée alors, a fait insérer dans les Mémoires de l’Institut. Depuis cette époque, quarante années se sont écoulées, durant lesquelles cette tribune m’a été comme interdite, d’abord par beaucoup d’absences ensuite par des fonctions auxquelles mon devoir était d’appartenir tout entier: je dois dire aussi, par la discrétion que les temps difficiles exigent d’un homme livré aux affaires; et enfin, plus tard, par les infirmités que la vieillesse amène d’ordinaire avec elle, ou du moins qu’elle aggrave toujours.

“Mais aujourd’hui j’éprouve le besoin, et je regarde comme un devoir de m’y présenter une dernière fois, pour que la mémoire d’un homme connu dans toute l’Europe, d’un homme que j’aimais, et qui, depuis la formation de l’Institut, était notre collègue, reçoive ici un témoignage public de notre estime et de nos regrets. Sa position et la mienne me mettent dans le cas de révéler plusieurs de ses mérites. Son principal, je ne dis pas son unique titre de gloire, consiste dans une correspondance de quarante années nécessairement ignorée du public, qui, très-probablement, n’en aura jamais connaissance. Je me suis dit: ‘Qui en parlera dans cette enceinte? Qui sera surtout dans l’obligation d’en parler, si ce n’est moi, qui en ait reçu la plus grande part, à qui elle fut toujours si agréable, et souvent si utile dans les fonctions ministérielles que j’ai eues à remplir sous trois règnes … très-différents?’