En vous offrant, jeune & sage Beauté Ce modele de patience, Je ne me suis jamais flatté Que par vous de tout point il seroit imité C'en seroit trop en conscience.

Mais Paris où l'homme est poli, Où le beau sexe né pour plaire Trouve son bonheur accompli, De tous côtez est si rempli D'Exemples du vice contraire, Qu'on ne peut en toute saison Pour s'en garder ou s'en défaire, Avoir trop de contrepoison.

Une Dame aussi patiente Que celle dont ici je reléve le prix, Seroit par tout une chose étonnante. Mais ce seroit un prodige à Paris. Les femmes y sont souveraines, Tout s'y regle selon leurs vœux, Enfin c'est un climat heureux Qui n'est habité que de Reines.

Ainsi je voi que de toutes façons, Griselidis y sera peu prisée, Et qu'elle y donnera matiere de risée, Par ses trop antiques leçons.

Ce n'est pas que la patience Ne soit une vertu des Dames de Paris, Mais, par un long usage elles ont la science De la faire exercer par leurs propres Maris.


Au pié des celebres Montagnes Où le Pô s'échappant de dessous ses roseaux, Va dans le sein des prochaines Campagnes, Promener ses naissantes eaux, Vivoit un jeune et vaillant Prince, Les delices de sa Province. Le Ciel en le formant, sur lui tout à la fois, Versa ce qu'il a de plus rare, Ce qu'entre ses Amis d'ordinaire il separe, Et qu'il ne donne qu'aux grands Rois.

Comblé de tous les dons & du corps & de l'Ame, Il fut robuste, adroit, propre au métier de Mars, Et par l'instinct secret d'une divine flâme, Avec ardeur il aima les beaux arts. Il aima les combats, il aima la Victoire, Les grands projets, les actes Valeureux, Et tout ce qui fait vivre un beau nom dans l'Histoire; Mais son cœur tendre & genereux Fut encor plus sensible à la solide gloire De rendre ses peuples heureux. Ce temperament Héroïque Fut obscurci d'une sombre vapeur Qui chagrine & melancolique, Lui faisoit voir dans le fond de son Cœur, Tout le beau sexe infidelle & trompeur. Dans la femme, où brilloit le plus rare merite, Il voyoit une ame hipocrite, Un Esprit d'orgueïl enivré, Un cruel ennemi qui sans cesse n'aspire Qu'à prendre un souverain Empire Sur l'Homme malheureux qui lui sera livré.

Le frequent usage du Monde, Où l'on ne voit qu'Epoux subjuguez ou trahis, Joint à l'air jaloux du Païs, Accrut encor cette haine profonde. Il jura donc plus d'une fois Que quand même le Ciel pour lui plein de tendresse, Formeroit une autre Lucrece, Jamais de l'himenée il ne suivroit les Loix. Ainsi, quand le matin, qu'il donnoit aux affaires, Il avoit reglé sagement Toutes les choses necessaires Au bonheur du Gouvernement, Que du foible orphelin, de la veuve oppressée, Il avoit conservé les droits, Ou banni quelque impôt qu'une guerre forcée Avoit introduit autrefois; L'autre moitié de la journée A la Chasse étoit destinée, Ou les Sangliers & les Ours, Malgré leur fureur & leurs Armes Lui donnoient encor moins d'allarmes Que le sexe charmant qu'il évitoit toujours.

Cependant ses sujets que leur interét presse De s'asseurer d'un Successeur Qui les gouverne un jour avec même douceur, A leur donner un fils le convioient sans cesse.