Deux ou trois ans après la mort du Roi, je causois à un coin de la longue et grande pièce de l’appartement des Tuileries, comme le conseil de régence alloit commencer dans cette même pièce où il se tenoit toujours, tandis que M. le duc d’Orléans étoit tout à l’autre bout, parlant à quelqu’un dans une fenêtre. Je m’entendis appeler comme de main en main; on me dit que M. le duc d’Orléans me vouloit parler. Cela arrivoit souvent en se mettant au Conseil. J’allai donc à cette fenêtre où il étoit demeuré. Je trouvai un maintien sérieux, un air concentré, un visage fâché qui me surprit beaucoup. “Monsieur, me dit-il d’abordée, j’ai fort à me plaindre de vous que j’ai toute ma vie compté pour le meilleur de mes amis.—Moi, Monsieur! plus étonné encore, qu’y a-t-il donc, lui dis-je, s’il vous plaît?—Ce qu’il y a, répondit-il avec une mine encore plus colère, chose que vous ne sauriez nier, des vers que vous avez faits contre moi.—Moi, des vers! répliquai-je; hé! qui diable vous conte de ces sottises-là? et depuis près de quarante ans que vous me connoissez, est-ce que vous ne savez pas que de ma vie je n’ai pu faire, non pas deux vers, mais un seul?—Hon, par...! reprit-il, vous ne pouvez nier ceux-là, et tout de suite me chante un pont-neuf à sa louange dont le refrain étoit: Notre régent est débonnaire, la la, il est débonnaire, avec un grand éclat de rire.—Comment! lui dis-je, vous vous en souvenez encore? et en riant aussi, pour la vengeance que vous en prenez, souvenez-vous-en du moins à bon escient.” Il demeura à rire longtemps, à ne s’en pouvoir empêcher avant de se mettre au Conseil. Je n’ai pas craint d’écrire cette bagatelle, parce qu’il me semble qu’elle peint.
Il aimoit fort la liberté, et autant pour les autres que pour lui-même. Il me vantoit un jour l’Angleterre sur ce point, où il n’y a point d’exils ni de lettres de cachet, et où le Roi ne peut défendre que l’entrée de son palais ni tenir personne en prison, et sur cela me conta en se délectant, car tous nos princes vivoient lors, qu’outre la duchesse de Portsmouth, Charles II avoit bien eu de petites maîtresses; que le grand prieur[252], jeune et aimable en ce temps-là, qui s’étoit fait chasser pour quelque sottise, étoit allé passer son exil en Angleterre, où il avoit été fort bien reçu du roi. Pour le remerciement, il lui débaucha une de ces petites maîtresses dont le roi étoit si passionné alors qu’il lui fit demander grâces, lui offrit de l’argent, et s’engagea de le raccommoder en France. Le grand prieur tint bon. Charles lui fit défendre le palais. Il s’en moqua, et alloit tous les jours à la comédie avec sa conquête, et s’y plaçoit vis-à-vis du roi. Enfin le roi d’Angleterre, ne sachant plus que faire pour s’en délivrer, pria tellement le Roi de le rappeler en France qu’il le fut. Mais le grand prieur tint bon, dit qu’il se trouvoit bien en Angleterre, et continua son manège. Charles outré en vint jusqu’à faire confidence au Roi de l’état où le mettoit le grand prieur, et obtint un commandement si absolu et si prompt qu’il le fit repasser incontinent en France. M. le duc d’Orléans admirait cela, et je ne sais s’il n’aurait pas voulu être le grand prieur. Je lui répondis que j’admirais moi-même que le petit-fils d’un roi de France se pût complaire dans un si insolent procédé, que moi sujet, et qui, comme lui, n’avois aucun trait au trône, je trouvois plus que scandaleux et extrêmement punissable. Il n’en relâcha rien, et faisoit toujours cette histoire avec volupté. Aussi d’ambition de régner ni de gouverner, n’en avoit-il aucune. S’il fit une pointe tout à fait insensée pour l’Espagne, c’est qu’on la lui avoit mise dans la tête. Il ne songea même, comme on le verra, tout de bon à gouverner que lorsque force fut d’être perdu et déshonoré, ou d’exercer les droits de sa naissance, et, quant à régner je ne craindrai pas de répondre que jamais il ne le desira, et que, le cas forcé arrivé, il s’en seroit trouvé également importuné et embarrassé. Que vouloit-il donc? me demandera-t-on; commander les armées tant que la guerre auroit duré, et se divertir le reste du temps sans contrainte ni à lui ni à autrui.
C’étoit en effet à quoi il étoit extrêmement propre. Une valeur naturelle, tranquille, qui lui laissoit tout voir, tout prévoir, et porter les remèdes, une grande étendue d’esprit pour les échecs d’une campagne, pour les projets, pour se munir de tout ce qui convenoit à l’exécution, pour s’en aider à point nommé, pour s’établir d’avance des ressources et savoir en profiter bout à bout, et user aussi avec une sage diligence et vigueur de tous les avantages que lui pouvoit présenter le sort des armes. On peut dire qu’il étoit capitaine, ingénieur, intendant d’armée, qu’il connoissoit la force des troupes, le nom et la capacité des officiers, et les plus distingués de chaque corps, s’en faire adorer, les tenir néanmoins en discipline, exécuter, en manquant de tout, les choses les plus difficiles. C’est ce qui a été admiré en Espagne, et pleuré en Italie, quand il y prévit tout, et que Marsin lui arrêta les bras sur tout. Ses combinaisons étoient justes et solides tant sur les matières de guerre que sur celles d’État; il est étonnant jusqu’à quel détail il en embrassoit toutes les parties sans confusion, les avantages et les désavantages des partis qui se présentoient à prendre, la netteté avec laquelle il les comprenoit et savoit les exposer, enfin la variété infinie et la justesse de toutes ses connoissances sans en montrer jamais, ni en avoir en effet meilleure opinion de soi.
L’abbé du Bois[253] étoit un petit homme maigre, effilé, chafouin, à perruque blonde, à mine de fouine, à physionomie d’esprit, qui étoit en plein ce qu’un mauvais françois appelle un sacre mais que ne se peut guère exprimer autrement. Tous les vices combattoient en lui à qui en demeureroit le maître. Ils y faisoient un bruit et un combat continuel entre eux. L’avarice, la débauche, l’ambition étoient ses dieux; la perfidie, la flatterie, les servages, ses moyens; l’impiété parfaite, son repos; et l’opinion que la probité et l’honnêteté sont des chimères dont on se pare, et qui n’ont de réalité dans personne, son principe, en conséquence duquel tous moyens lui étoient bons. Il excelloit en basses intrigues, il en vivoit, il ne pouvoit s’en passer, mais toujours avec un but où toutes ses démarches tendoient, avec une patience qui n’avoit de terme que le succès, ou la démonstration réitérée de n’y pouvoir arriver, à moins que, cheminant ainsi dans la profondeur et les ténèbres, il ne vît jour à mieux en ouvrant un autre boyau. Il passoit ainsi sa vie dans les sapes. Le mensonge le plus hardi lui étoit tourné en nature avec un air simple, droit, sincère, souvent honteux. Il auroit parlé avec grâce et facilité, si, dans le dessein de pénétrer les autres en parlant, et la crainte de s’avancer plus qu’il ne vouloit, ne l’avoit accoutumé à un bégayement factice qui le déparoit, et qui, redoublé quand il fut arrivé à se mêler de choses importantes, devint insupportable, et quelquefois inintelligible. Sans ses contours et le peu de naturel qui perçoit malgré ses soins, sa conversation auroit été aimable. Il avoit de l’esprit, assez de lettres, d’histoire et de lecture, beaucoup de monde, force envie de plaire et de s’insinuer, mais tout cela gâté par une fumée de fausseté qui sortoit malgré lui de tous ses pores, et jusque de sa gaieté, qui attristoit par là. Méchant d’ailleurs avec réflexion, et par nature et par raisonnement, traître et ingrat, maître expert aux compositions des plus grandes noirceurs, effronté à faire peur étant pris sur le fait, desirant tout, enviant tout, et voulant toutes les dépouilles. On connut après, dès qu’il osa ne se plus contraindre, à quel point il étoit intéressé, débauché, inconséquent, ignorant en toute affaire, passionné toujours, emporté blasphémateur et fou, et jusqu’à quel point il méprisa publiquement son maître et l’État, le monde sans exception et les affaires, pour les sacrifier à soi tous et toutes, à son crédit, à sa puissance, à son autorité absolue, à sa grandeur, à son avarice, à ses frayeurs, à ses vengeances. Tel fut le sage à qui Monsieur confia les mœurs de son fils unique à former, par le conseil de deux hommes qui ne les avoient pas meilleures, et qui en avoient bien fait leurs preuves.
Un si bon maître ne perdit pas son temps auprès d’un disciple tout neuf encore, et en qui les excellents principes de Saint-Laurent[254] n’avoient pas eu le temps de prendre de fortes racines, quelque estime et quelque affection qu’il ait conservée toute sa vie pour cet excellent homme. Je l’avouerai ici avec amertume, parce que tout doit être sacrifié à la vérité: M. le duc d’Orléans apporta au monde une facilité, appelons les choses par leur nom, une foiblesse qui gâta sans cesse tous ses talents, et qui fut à son précepteur d’un merveilleux usage toute sa vie. Hors de toute espérance du côté du Roi depuis la folie d’avoir osé lui demander sa nomination au cardinalat, il ne songea plus qu’à posséder son jeune maître par la conformité à soi. Il le flatta du côté des mœurs pour le jeter dans la débauche, et lui en faire un principe pour se bien mettre dans le monde, jusqu’à mépriser tous devoirs et toutes bienséances, ce qui le feroit bien plus ménager par le Roi qu’une conduite mesurée; il le flatta du côté de l’esprit, dont il le persuada [qu’]il en avoit trop et trop bon pour être la dupe de la religion, qui n’étoit, à son avis, qu’une invention de politique, et de tous les temps, pour faire peur aux esprits ordinaires et retenir les peuples dans la soumission. Il l’infatua encore de son principe favori que la probité dans les hommes et la vertu dans les femmes ne sont que des chimères sans réalité dans personne, sinon dans quelques sots en plus grand nombre qui se sont laissé imposer ces entraves comme celle de la religion, qui en sont des dépendances, et qui pour la politique sont du même usage, et fort peu d’autres qui ayant de l’esprit et de la capacité se sont laissé raccourcir l’un et l’autre par les préjugés de l’éducation. Voilà le fonds de la doctrine de ce bon ecclésiastique, d’où suivoit la licence de la fausseté, du mensonge, des artifices, de l’infidélité, de la perfidie, de toute espèce de moyens, en un mot, tout crime et toute scélératesse tournés en habileté, en capacité, en grandeur, liberté et profondeur d’esprit, de lumière et de conduite, pourvu qu’[on] sût se cacher et marcher à couvert des soupçons et des préjugés communs.
Malheureusement tout concourut en M. le duc d’Orléans à lui ouvrir le cœur et l’esprit à cet exécrable poison; une neuve et première jeunesse, beaucoup de force et de santé, les élans de la première sortie du joug et du dépit de son mariage et de son oisiveté, l’ennui qui suit la dernière, cet amour, si fatal en ce premier âge, de ce bel air qu’on admire aveuglément dans les autres, et qu’on veut imiter et surpasser, l’entraînement des passions, des exemples et des jeunes gens qui y trouvoient leur vanité et leur commodité, quelques-uns leurs vues à le faire vivre comme eux et avec eux. Ainsi il s’accoutuma à la débauche, plus encore au bruit de la débauche jusqu’à n’avoir pu s’en passer, et qu’il ne s’y divertissoit qu’à force de bruit, de tumulte et d’excès. C’est ce qui le jeta à en faire souvent de si étranges et de si scandaleuses, et comme il vouloit l’emporter sur tous les débauchés, à mêler dans ses parties les discours les plus impies et à trouver un raffinement précieux à faire les débauches les plus outrées aux jours les plus saints, comme il lui arriva pendant sa régence plusieurs fois le vendredi saint de choix et les jours les plus respectables. Plus on étoit suivi, ancien, outré en impiété et en débauche, plus il considérait cette sorte de débauchés, et je l’ai vu sans cesse dans l’admiration poussée jusqu’à la vénération pour le grand prieur, parce qu’il y avoit quarante ans qu’il ne s’étoit couché qu’ivre, et qu’il n’avoit cessé d’entretenir publiquement des maîtresses et de tenir des propos continuels d’impiété et d’irréligion. Avec de tels principes et la conduite en conséquence, il n’est pas surprenant qu’il ait été faux jusqu’à l’indiscrétion de se vanter de l’être, et de se piquer d’être le plus raffiné trompeur.
Lui et Mme la duchesse de Berry disputoient quelquefois qui des deux en savoit là-dessus davantage, et quelquefois à sa toilette devant Mme de Saint-Simon, et ce qui y étoit avant le public, et M. le duc de Berry même, qui étoit fort vrai et qui en avoit horreur, et sans que M[me] de Saint-Simon, qui n’en souffrait pas moins et pour la chose et pour l’effet, pût la tourner en plaisanterie, ni leur faire sentir la porte pour sortir d’une telle indiscrétion. M. le duc d’Orléans en avoit une infinie dans tout ce qui regardoit la vie ordinaire et sur ce qui le regardoit lui-même. Ce n’étoit pas injustement qu’il étoit accusé de n’avoir point de secret. La vérité est qu’élevé dans les tracasseries du Palais-Royal, dans les rapports, dans les redits dont Monsieur vivoit et dont sa cour étoit remplie, M. le duc d’Orléans en avoit pris le détestable goût et l’habitude, jusqu’à s’en être fait une sorte de maxime de brouiller tout le monde ensemble, et d’en profiter pour n’avoir rien à craindre des liaisons, soit pour apprendre par les aveux, les délations et les piques, et par la facilité encore de faire parler les uns contre les autres. Ce fut une de ses principales occupations pendant tout le temps qu’il fut à la tête des affaires, et dont il se sut le plus de gré, mais qui, tôt découverte, le rendit odieux et le jeta en mille fâcheux inconvénients. Comme il n’étoit pas méchant, qu’il étoit même fort éloigné de l’être, il demeura dans l’impiété et la débauche où du Bois l’avoit premièrement jeté, et que tout confirma toujours en lui par l’habitude, dans la fausseté, dans la tracasserie des uns aux autres, dont qui que ce soit ne fut exempt, et dans la plus singulière défiance qui n’excluoit pas en même temps et pour les mêmes personnes de la plus grande confiance; mais il en demeura là sans avoir rien pris du surplus des crimes familiers à son précepteur.
Revenu plus assidûment à la cour, à la mort de Monsieur, l’ennui l’y gagna et le jeta dans les curiosités de chimie dont j’ai parlé ailleurs, et dont on sut faire contre lui un si cruel usage. On a peine à comprendre à quel point ce prince étoit incapable de se rassembler du monde, je dis avant que l’art infernal de Mme de Maintenon et du duc du Maine l’en eût totalement séparé; combien peu il étoit en lui de tenir une cour; combien avec un air désinvolte il se trouvoit embarrassé et importuné du grand monde, et combien dans son particulier, et depuis dans sa solitude au milieu de la cour quand tout le monde l’eut déserté, il se trouva destitué de toute espèce de ressource avec tant de talents, qui en devoient être une inépuisable d’amusements pour lui. Il étoit né ennuyé, et il étoit si accoutumé à vivre hors de lui-même, qu’il lui étoit insupportable d’y rentrer, sans être capable de chercher même à s’occuper. Il ne pouvoit vivre que dans le mouvement et le torrent des affaires, comme à la tête d’une armée, ou dans les soins d’y avoir tout ce dont il auroit besoin pour les exécutions de la campagne, ou dans le bruit et la vivacité de la débauche. Il y languissoit dès qu’elle étoit sans bruit et sans une sorte d’excès et de tumulte, tellement que son temps lui étoit pénible à passer. Il se jeta dans la peinture après que le grand goût de la chimie fut passé ou amorti par tout ce qui s’en étoit si cruellement publié. Il peignoit presque toute l’après-dînée à Versailles et à Marly. Il se connoissoit fort en tableaux; il les aimoit; il en ramassoit et il en fit une collection qui en nombre et en perfection ne le cédoit pas aux tableaux de la couronne. Il s’amusa après à faire des compositions de pierres et de cachets à la merci du charbon, qui me chassoit souvent d’avec lui, et des compositions de parfums les plus forts, qu’il aima toute sa vie, et dont je le détournois, parce que le Roi les craignoit fort, et qu’il sentoit presque toujours. Enfin jamais homme né avec tant de talents de toutes les sortes, tant d’ouverture et de facilité pour s’en servir, et jamais vie de particulier si désœuvrée ni si livrée au néant et à l’ennui. Aussi Madame ne le peignit-elle pas moins heureusement qu’avoit fait le Roi par l’apophthegme qu’il répondit sur lui à Maréchal, et que j’ai rapporté.
Madame étoit pleine de contes et de petits romans de fées: elle disoit qu’elles avoient toutes été conviées à ses couches, que toutes y étoient venues, et que chacune avoit doué son fils d’un talent, de sorte qu’il les avoit tous; mais que par malheur on avoit oublié une vieille fée disparue depuis si longtemps qu’on ne se souvenoit plus d’elle, qui, piquée de l’oubli, vint appuyée sur son petit bâton, et n’arriva qu’après que toutes les fées eurent fait chacune leur don à l’enfant; que, dépitée de plus en plus, elle se vengea en le douant de rendre absolument inutiles tous les talents qu’il avoit reçus de toutes les autres fées, d’aucun desquels, en les conservant tous, il n’avoit jamais pu se servir. Il faut avouer qu’à prendre la chose en gros le portrait est parlant[255].
Un des malheurs de ce prince étoit d’être incapable de suite dans rien, jusqu’à ne pouvoir comprendre qu’on en pût avoir. Un autre, dont j’ai déjà parlé, fut une espèce d’insensibilité qui le rendoit sans fiel dans les plus mortelles offenses et les plus dangereuses; et comme le nerf et le principe de la haine et de l’amitié, de la reconnoissance et de la vengeance est le même, et qu’il manquoit de ce ressort, les suites en étoient infinies et pernicieuses. Il étoit timide à l’excès, il le sentoit et il en avoit tant de honte qu’il affectoit tout le contraire, jusqu’à s’en piquer. Mais la vérité étoit, comme on le sentit enfin dans son autorité par une expérience plus développée, qu’on n’obtenoit rien de lui, ni grâce ni justice, qu’en l’arrachant par crainte, dont il étoit infiniment susceptible, ou par une extrême importunité. Il tâchoit de s’en délivrer par des paroles, puis par des promesses, dont sa facilité le rendoit prodigue, mais que qui avoit de meilleures serres lui faisoit tenir. De là tant de manquements de paroles qu’on ne comptoit plus les plus positives pour rien, et tant de paroles encore données à tant de gens pour la même chose qui ne pouvoit s’accorder qu’à un seul, ce qui étoit une source féconde de discrédit et de mécontents. Rien ne le trompa et ne lui nuisit davantage que cette opinion qu’il s’étoit faite de savoir tromper tout le monde. On ne le croyoit plus, lors même qu’il parloit de la meilleure foi, et sa facilité diminua fort en lui le prix de toutes choses. Enfin la compagnie obscure, et pour la plupart scélérate, dont il avoit fait sa société ordinaire de débauche, et que lui-même ne feignoit pas de nommer publiquement ses roués, chassa la bonne, jusque dans sa puissance, et lui fit un tort infini.