On vovdra peut-estre dire qu’elles ont manqué en ce qu’elles ne se sont presentées ayant esté adjurnées, et partant que la Contumace et defaut estant vn crime, on peut faire rendre contre elles Sentence Contumaciale, à cause de leur desobeïssance: Mais à cela on respond qu’il ny a point de Contumace, ou il n’y a point d’adjournement, ou du moins qui soit valable quia paria sunt non esse citatum, vel non esse legitimè citatum, ita dd. communiter Bartol., in l. ea quae C. quomodo, etc.
De plus, si on prend garde à la définition de l’Excommunication, on verra qu’on ne peut prononcer telle Sentence contre ces animaux: car l’Excommunication est dite extra Ecclesiam positio, vel è qualibet communione, vel è quolibet legitimo actu separatio. Tellement que tels animaux ne peuuent estre dechassés de l’Eglise, n’y ayans jamais esté, d’autant qu’elle est pour les hommes qui ont l’ame raisonnable, non pas pour les brutes, qui ne sont doüées d’aucune raison, et l’Apostre S. Paul ad Corinth. 5 dit quòd de iis quae foris sunt nihil ad nos quoad Excommunicationem, quia Excommunicare non possumus, l’Excommunication afficit animam non corpus, nisi per quandam consequentiam, cuius Medicina est, cap. 1, de sentent. Excomm. in 6. C’est pourquoy l’ame de ces animaux, n’estant immortelle, elle ne peut estre touchée par telle Sentence, quae vergit in dispendium aeternae salutis.
L’autre raison est, quòd facienti actum permissum non imputatur, id quod sequitur ex illo, licét consecutiuum sit repugnans statui suo cap. de occidendis 23 q. 5 cap. sicut dignum extra de homicid. Ces animaux font vn acte permis mesme par le droit Diuin. Car il est dit dans la Genese fecit Deus bestias terrae iuxta species suas, iumenta, et omne reptile terrae in genere suo dixitque Deus, ecce dedi vobis, omnem herbam afferentem semen super terram, et vniuersa ligna, quae habent in semetipsis sementem generis sui, vt sint vobis in escam; et cunctis animalibus terrae, omnique volucri coeli, vniversis quae mouentur in terris, et in quibus est anima viuens; vt habeat ad vescendum. Que si les fruits de la terre ont esté faits pour les animaux et pour les hommes, il leur est permis d’en manger et prendre leur nourriture, aussi Cicéron dit au premier des Offices principio generi omnium animantium est à natura attributum, vt se vitam, corpusque tueantur, quaeque ad vescendum necessaria sunt inquirant. Par ces raison on voit qu’ils n’ont commis aucun delict, ayant fait ce qui leur est permis par le droit Diuin et de Nature, et par ainsi ils ne peuuent estre punis, ny maudis, cum etiam creaturae intellettuali, et rationali delinquenti seu damnum afferenti, eo quòd secundum solitum facit; non est Angelo licitum maledicere, multo minùs erit licitum homini, veu qu’on lit dans l’Epistre de S. Iude, cum altercaretur Michaël cum Diabolo de corpore Moysis non fuit ausus maledicere Cap. Si igitur Michaël, 23. q. 3. S. Thomas 2. 2. q. 76. dit que de donner des maledictions aux choses irraisonnables, estans Creatures de Dieu s’est peché de blasphemer et de les maudire, les considérans en eux mesmes, est otiosum, et vanum, et per consequens illicitum.
Que si toutes ces raisons ne vous touchent, peut-estre cette-cy vous féra donner les mains, et persuadera à vostre Esprit, qu’on ne peut donner aucune sentence d’Excommunication contre elles ny jetter aucun Anatheme. Car prononçant telle Sentence s’est s’en pendre à Dieu, qui par sa justice le enuoye pour punir les hommes et chastier leurs péchés, immitamque in vos bestias agri quae consumant vos, et pecora vestra, et ad paucitatem cuncta redigant, pouuant dire maintenant ce que Dieu a dit auant le Deluge omnis Caro corrupit viam suam. Et Ouide en ses Metamorphoses voyant que le vice auoit pris le haut bout, Triomphant, et faisant des conquestes par tout, au contraire la vertu estoit abaissée, exilée, et reduite en tel estat qu’elle ne treuuoit aucune demeure parmy les Hommes.
Protinus irrupit venæ prioris in æuum,
Omne nefas, fugere pudor, verùmque fidésque,
In quorum subiere locum, fraudésque, dolùsque.
Insidiæque, et ars, et amor sceleratus habendi,
Uiuitur ex rapto, non hospes ab hospite tutus,
Non socer à genero, fratrum quoquè gratia rara est,
Imminet exitio vir, conjugis, illa mariti
Liuida terribiles miscent aconitæ nouercæ
Filius ante diem, patrios inquirit in annos,
Uita iacet pietas, et virgo cæde madentes.
Ultima Cilestum, Terras Astrea reliquit.
Par les quelles raisons on voit, que ces animaux sont en nous absolutoires, et doiuent estre mis hors de Cour et de Procès, à quoy on conclud.
Replique des Habitans
Le principal motif qu’on a rapporté pour la deffense de ces animaux, est qu’estans priués de l’vsage de la raison, ils ne sont sommis à aucunes Loix, ainsi que dit le Chapitre cum mulier 1. 5. q. l. la l. congruit in fin. et la Loix suiuante. ff. de off. Praesid. sensu enim carens non subjicitur rigori Iuris Ciuilis. Toutesfois, on fera voir que telles Loys ne peuuet militer au fait qui se présente maintenant à juger, car on ne dispute pas de la punition d’vn delict commis; Mais on tasche d’empescher qu’ils n’en commettent par cy-après, et partant ce qui ne seroit loisible à vn crime commis, et permis afin d’empescher ne crimen committatur. Cecy ce preuue par la Loy congruit sus cité, où il est dit qu’on ne peut pas punir vn furieux et insensé du crime qu’il a commis pendant sa fureur, parce qu’il ne scait ce qu’il fait, toutesfois on le pourra renfermer et mettre dans des prisons, afin qu’il n’offence personne et pour faire voir combien cét Axiome est vray, ie me sers de l’authorité du Chapitre omnis vtriusque sexus de poenitent. et remiss. ou il est dit qu’on peut deceller ce qu’on a pris si on ne la pas executé, afin d’y rapporter du remede, cette proposition est confirmée par la glose in cap. tua nos ext. de sponsal. qui dit qui si quelqu’vn s’accuse d’auoir Fiancé une fille, par parolles de présent; on pourra deceller ce qui a esté dit, afin que le Mariage se consume. La raison est, qu’ayant espousé telle fille, si on nie de l’auoir fait, et on refuse d’accomplir le Mariage, Videtur esse delictum successiuum, et durare vsque illam acceperit, vt ergo tali delicto obuietur. Il este loisible de publier ce qu’on a pris secretement Estant vray par les raisons deduites qu’on a peu adjourner, tels animaux, et que l’adjournement est valable, d’autant qu’il est fait afin qu’ils ne rapportent du dommage d’ores en auant, non pas pour les chastier de celuy qu’ils ont fait. Il reste maintenant de respondre à ce qu’on a aduancé à sçauoir que tels animaux ne peuuent estre Excommuniés, Anathematisés, maudis ny execrés; à cela il semble que se serait doubter de la puissance que Dieu a donné à l’Eglise, l’ayant fait Maitresse de tout l’Vnivers, comme sa chere Espouse, de qui on peut dire, auec le Psalmiste, omnia subiecisti sub pedibus ejus, oues, et boues et omnia quæ mouentur in aquis, et estant conduite par le S. Esprit, ne fait rien que sagement, et s’il y a chose où elle doiue monstrer son pouuoir, c’est à la Conservation du plus parfait ouurage de son Espoux; à sçauoir de l’Homme, qu’il a fait à son Image et semblance, faciamus hominem, ad imaginem, et similitudinem nostram et luy a donné le Gouuernement de toutes les choses crées crescite et multiplicamini et dominamini piscibus maris, volatilibus cœli, et omnibus animantibus Cœli; Aussi Pline en son Liure premier de l’Histoire naturelle dit quod causâ hominis, videtur cuncta alia genuisse natura. Les Jurisconsultes sont d’accord, quod hominis gratia, omnes fructus à natura comparati sunt, l. pecudum. ff. de vsur. et §. partus ancillarum. instit. de rer. diuis. et Ouide descriuant l’excellence de l’Homme parle de la sorte,
Pronaque, cum spectent animalia cæetera terras
Os homini sublime dedit, cælumque tueri
Iussit, et erectos ad sidera tollere vultus.
et vn autre Poëte,