Nonne vides hominem, vt Celsos ad sidera vultus
Sustulerit Deus, ac sublimia finxerit ora.
Cum pecudes, volucrumque genus, formasque ferarum,
Segnem, atque obscænam, passuri strauisset in aluum.
Picus Mirandulanus, en vne de ses Oraison parlant de la grandeur de l’Homme dit hominem tantœ excellentiae, ac sublimitatis esse, vt in se omnia continere dicatur, vti Deus, sed diuersimodè, Deus enim omnia in se continet, vti omnium medium principium, homo verò, in se omnia continet, vti omnium medium, quo fit, vt in Deo sint omnia meliore nota, quàm in seipsis, in homine inferiora nobiliori sint conditione, superiora autem degenerent sicut aër, ignis, aqua et terra per verissimam proprietatem naturœ suœ, in crasso hoc, et terreno, hominis corpore, quo nos videmus, hinc etenim nulla creata substantia seruire dedignatur, hinc Terra, et Elementa, huic bruta præesto sunt, famulantur, hinc militat cælum, hinc salutem bonumque procurant Angelicœ mentes.
Et se seroit vne chose, si j’ose dire hors de raison, que celuy pour qui la terre produit tous ces fruits, en fut priué, et que de chétifs animaux, prissent leur norriture, à l’exclusion de l’Homme pour qui ils sont destinés de Dieu. C’est sur ce sujet qu’il dit Increpabo pro te locustas dummodò posueris de fructibus tuis in horrea mea.
Et pour responce à ce qu’escrit S. Thomas qu’il n’est loisible de maudire tels animaux, si on les considere en eux mesmes, on dit qu’en l’espece qu’on traitte, on ne les considere pas, comme animaux simplement: mais comme apportans du mal aux Hommes, mangeans et détruisans les fruits qui seruent à son soutient, et nourriture.
Mais à quoy, nous arrestons-nous depuis qu’on voit par des exemples infinis que quantité de saints Personnages, ont Excommunié des animaux apportans du dommage aux Hommes. Il suffira d’en rapporter vn pour tout, qui nous est cogneu, et familier, que nous voyons continuellement, à sçauoir dans la ville d’Aix, où S. Hugon Euesque de Grenoble Excommuniat les serpens, qui y estaient en quantité à cause des bains chauds de souffre, et d’Alun, qui faisaient vn grand dommage aux Habitans de ce lieu par leur piqueures. De sorte que maintenant si bien les Serpens piquent, quelqu’vn dans le lieu, et confins: Telle piqueure ne fait aucun mal, le venin de ces bestes estant arresté, par le moyen de telle Excommunication, que si quelqu’vn est piqué hors de ce lieu par les mesmes Serpens, la piqueure sera venimeuse et mortelle ainsi qu’on a veu par plusieurs fois. Ie laisse à part quantité de passages de l’Escripture par lesquels on voit que Dieu a donné des maledictions aux choses inanimées, et Creatures sans raison, ainsi qu’on pourra voir au Leuitic. Ch. 26. et Deutheronome 27. Genes. 2. il maudit le Serpent Maledictus es, inter omnia animantia, et bestias Terræ.
De dire, qu’excommuniant, Anathematisant tels animaux, s’est s’en prendre à Dieu, qui les a enuoye pour le chastiment des hommes. A cela on respond que ce n’est pas s’ens prendre à Dieu que de recourir à l’Eglise, et la prier de diuertir, et chasser le mal, qu’il a pleu à sa Diuine Majesté de nous enuoyer, à cause de nos fautes et pechés; au contraire c’est vn acte de Religion que de recourir à elle, lors q’on voit que Dieu leue sa main pour nous frapper.
Conclusion du Procureur Episcopal
Les defenses rapportées par l’Aduocat de ces animaux, contre les Conclusions prises par les Habitans sont considerables qui meritent qu’on les examine meurement; car il ne faut pas ietter le carreau d’Excommunication à la volée, et sans sujet, estant vn foudre qui est si agissant, que s’il ne frappe celuy contre lequel on le jette, il embrase celuy qui le lance. Le discours de cét Aduocat est appuyé sur la règle de Droict, qui dit, qui iussu iudicis aliquid facit, pœnam non meretur, et vrayement c’est le Iuge des Iuges, qui ne laisse rien d’impuny, et qui distribue les peines à l’égal des offences, sans auoir égard à personne, de qui les jugemens nous sont incognus, quàm abscondita iudicia Dei, inuestigabiles viæ ejus. C’est vne Mer profonde d’ont on ne peut découurir le fonds. De dire pourquoy il a enuoyé ces animaux, qui mangent les fruits de la terre: Ce nous sont lettres closes; peut estre veut-il punir ce Peuple, pour auoir fait la sourde oreille aux pauures qui demandoient à leurs portes, estant vn Arrest infaillible, que qui fait aux pauures la sourde oreille, attende de Dieu la pareille.
Ceux qui donnent l’aumosne sont toûjours sous la protection Diuine, aussi S. Gierosme dit non memini me legisse mala morte mortuum, qui libenter opera charitatis exercuit, habet enim multos intercessores, et impossibile est, multorum preces non exaudiri, et S. Ambrojse parlant de ceux qui donnent l’aumône aux pauures, si non pauisti necasti, pascendò seruare poteras, de mesmes la Loy de lib. agnoscend. repute pour homicide celuy qui denie, et refuse les alimens à ceux qui en ont besoin, et le Prophete Ezechiel, c. 18. parlant de la recompense, que Dieu a destinée à ceux qui font du bien aux pauures, qui panem suum esurienti dederit et nudum operuerit vestimento, justus est, et vità viuet; Lesquelles paroles Eusèbe expliche de la sorte, fregisti esurienti panem tuum, in Coelo vitae pane qui Christus est satiaberis, hic peregrinis domus tua patuit, in domo Angelorum, Ciuis efficieris tu hic trementia membra destijsti, illic liberaberis ab illo frigore, in quo erit fletus, et stridor dentium.
C’est vn acte de Charité, que d’assister le pauures, frange esurienti panem tuum et egenos, vagosque indue in domum tuam, cum videris nudum, operi eum, et carnem tuam ne despexeri, dit Iosuë c. 38. aussi la récompense est asseurée, ainsi qu’escrit S. Mathieu cap. 25. venite Benedicti patris mei, possidete paratum vobis regnum à constitutione mundi; esuriui enim, et dedistis mihi manducare; sitiui, et dedistis mihi bibere; hospes eram et Collegistis me; nudus eram, et operuistis me, amen dico vobis quod vni fecistis ex fratribus meis minimis, mihi fecistis. C’est vne œuure de Misericorde d’auuoir compassion de son prochain, ainsi que dit S. Ambroise lib. 2. off. cap. 28. hoc maximum Misericordiæ, vt compatiamur alienis calamitatibus necessitates aliorum, quantum possumus iuvemus, et plus interdum quàm possumus l’Hospitalité est recommandée par S. Paul hospitalitatem nolite obliuisci, per hanc enim placuerunt quidam, Angelis hospitio receptis, et S. Augustin disce Christiane sine discretione exhibere hospitalitatem, ne fortè cui domum clauseris, cui humanitatem negaueris ipse sit Christus. L’ordinaire recompence qui suit l’aumosne est le centuple, honora Dominum de tua substantia, et de primitiis omnium fructuorum tuorum de pauperibus, et implebuntur horrea tua saturitate et vino torcularia tua redundabunt. Les abismes de la Diuinité ne s’épuisent jamais, pour donner, et le sage Salomon, fæneratur Domino qui miseretur pauperi, et vicissitudinem suam reddet. S. Paul aux Corinthièns Chap. 2. parle de la sorte, qui administrat semen seminanti, et panem ad manducandum præstabit, et multiplicabit semen suum.