"Je vis à Londres aussi simplement que possible et pourtant mes séjours y sont très coûteux. Quant à la réputation, en comparaison du bonheur de vivre tranquillement avec toi, elle m'est absolument indifférente. Il me semble que lorsque le mari et la femme sont si parfaitement d'accord sur le but de la vie, il doit être facile d'y parvenir. Notre plus grand désir à tous les deux c'est d'être ensemble; eh! bien, du moment où les choses nous seront propices, nous réaliserons notre désir, et même par la volonté nous forcerons les circonstances, c'est-à-dire que nous supporterons des inconvénients pour y arriver. Déjà Wallis et Colnaghi consentent à exposer mes ouvrages; mes eaux-fortes sont appréciées. Peut-être dans un temps comparativement rapproché serai-je en position de donner ma démission—non seulement à la Saturday, mais à la littérature, et à me dévouer exclusivement à l'Art. Du moment où cela arrivera il sera infiniment plus facile d'être ensemble, car je tâcherai de faire un genre d'Art qui me permettra d'étudier chez nous, ou dans un petit rayon. Enfin regardons la situation actuelle comme pénible, mais pas du tout permanente. Tu peux compter que du moment où je le pourrai je quitterai la Revue; j'y suis bien décidé."
After this letter, my husband, feeling much better, came back to London to resume his work, and wrote about what he thought most important or most interesting to me. I shall quote from his letters in their order according to dates.
WATERLOO PLACE, KEW. Lundi soir.
"Mr. Macmillan m'a reçu parfaitement, presque affectueusement; il m'a invité à dîner. Je suis allé voir Mr. Seeley, mon nouvel éditeur, que j'ai trouvé intelligent, comme il faut, jeune encore, et parfaitement cordial. Je crois que mes relations avec lui seront tout-à-fait faciles. [Footnote: Mr. Seeley had asked him to write some notes on Contemporary French Painters, to be illustrated with photographs.]
"L'exposition, en somme, est belle. Il y a plusieurs tableaux remarquables, entre autres une Vénus de Leighton que je trouve superbe. La contribution de Landseer est importante, c'est un portrait de la Reine, à cheval, en deuil; cheval noir, trois chiens noirs, groom noir, ciel noir.
"C'est agréable de rentrer le soir en pleine campagne; ça me fait du bien. Je n'ose pas penser combien ce serait gentil si ma chérie était avec moi, parceque cela me rend triste tout de suite; mais je t'écrirai presque tous les jours, quelquefois brièvement quand je serai trop pressé. Sois gentille toi, et écris souvent; les bonnes nouvelles que tu m'envoies de ta santé et de celle des enfants m'ont rendu mon courage et—ce que je puis avoir de gaieté."
"Samedi.
"Il paraît que j'avais encore besoin de repos, car aujourd'hui je suis très fatigué. J'espère que lundi j'irai mieux; un ou deux jours de repos me sont nécessaires: voilà tout. Je n'ai point de surexcitation cérébrale; je dors bien et je me repose pleinement, ce qui ne doit pas tarder à rétablir mes forces. Je souffre d'être seul. Mr. Gould va venir passer huit jours ici; je trouve amiable de sa part de bien vouloir venir s'établir à Kew pour être près de moi; mon oncle viendra peut-être aussi.
"Je vais me plaindre un peu, tout doucement, de la petite chérie de Pré-Charmoy; elle n'écrit pas assez souvent à son mari qui reçoit toujours ses lettres avec tant de plaisir. Il y a pourtant une de ces lettres qui a donné tant de bonheur qu'elle peut compter pour une douzaine. Pauvre chérie! comme je voudrais toujours réussir à rendre ta vie douce et agréable! Depuis que je ne vis plus pour moi, mais pour toi et les enfants, j'ai goûté moi-même un nouveau genre de bonheur mêlé de nouvelles tristesses. Ces tristesses sont dues à la pensée que je fais si peu, et que, avec plus de forces je ferais tant et si bien! Avec la force je serais sûr maintenant de réussir pleinement. Je tiens la réputation par un petit bout, mais je la tiens, et elle augmentera. Tout me prouve que notre avenir serait assuré si j'avais autant de force que de volonté."
"Dimanche.