"Je suis allé voir George Eliot et Lewes qui a été charmant; il est venu s'asseoir à côté de moi où il est resté tout le temps de ma visite, et lorsque je suis parti, il s'est beaucoup plaint de ne pas me voir davantage. Il me traite d'une façon très affectueuse, et en même temps avec un respect qui, venant de lui, me flatte beaucoup. Quant à George Eliot elle est très aimable, mais elle a le défaut de rester toujours assise an même endroit, et quand il y a du monde, la seule personne qui puisse causer avec elle, est son voisin. Quand j'y retournerai, je m'installerai auprès d'elle, parce que je tiens à la connaître un peu mieux. J'y ai rencontré Mr. Ralston qui s'était assis modestement un peu en dehors du cercle où j'étais et pendant tout le temps de sa visite, il n'a presque rien dit et c'est à peine si on lui a parlé. J'ai trouvé ces arrangements mauvais. Les gens qui reçoivent doivent souvent changer de place, de façon à causer avec tous leurs visiteurs.

"Lundi dernier j'ai dîné chez Mr. Craik—le mari de l'auteur de 'John Halifax.' Il habite un charmant cottage à Beckenham, un endroit à quatre lieues de Londres où il vient tous les jours en chemin-de-fer. Tu sais qu'il est l'associé de Macmillan. Nous avons passé une soirée fort agréable; c'est un homme très cultivé, qui autrefois était auteur, et qui a occupé une chaire de littérature à Edimbourg. Sa femme, quoique célèbre, est simple et très aimable; elle m'a dit que quand tu viendrais, elle désirait te connaître.

"Mardi j'ai dîné chez le Professeur Seeley, le frère de mon éditeur; il a occupé la chaire de Latin à l'Université de Londres. C'est l'auteur d'Ecce Homo. Macmillan m'ayant donné ce livre, je l'ai trouvé très fort comme style et d'une hardiesse étonnante. L'auteur est des plus sympathiques; il a des manières charmantes—si modestes et si intelligentes, car les manières peuvent montrer de l'intelligence. J'aime beaucoup les deux frères, et dans le peu de temps que je les ai vus j'en ai fait des amis.

"Mercredi j'ai dîné chez moi, ayant un article à écrire. Jeudi chez Stephen Pearce. Vendredi chez Mr. Wallis, le marchand de tableaux. C'est un homme très délicat et très fin. Il avait invité Mr. Burgess, un artiste intelligent et agréable que j'avais déjà rencontré au Salon de l'année dernière. J'ai rencontré Tom Taylor à l'exposition. Wallis et nous avons causé quelque temps ensemble. J'ai rencontré Clifton et dîné avec lui à son Club."

"Lundi matin.

"Je suis allé hier passer le tantôt chez Lewes, on a été enchanté de mes eaux-fortes. George Eliot s'est plainte de ne pas avoir assez causé avec moi à ma dernière visite, et m'a invitè à prendre place à côté d'elle. Nous avons parlé d'art, de littérature et d'elle même. Elle m'a dit que personne n'avait eu plus d'inquiétudes et de souffrances dans le travail qu'elle, et que le peu qu'elle fait lui coûte énormément.

"J'ai discuté avec Lewes l'idée de faire la réimpression de mes articles, et il m'a conseillé de ne pas le faire si je puis fonder un livre sur ces articles. J'avoue que je serais assez tenté de faire un ouvrage sérieux sur la peinture, pour lequel mes articles serviraient de matériel."

"Samedi soir.

"J'ai dîné hier soir chez Mr. Macmillan, nous étions seuls d'hommes. Il y avait sa femme, ses enfants, et une grand'mère. Il a une famille nombreuse, de beaux enfants. Sa femme est bonne, et si simple que j'ai rarement vu un comme-il-faut plus achevé sans être de la distinction. La maison est très spacieuse et entourée d'arbres magnifiques. Ce qu'il y a de particulier dans cette maison, c'est un caractère intime et d'aisance ancienne. Macmillan a su éviter avec un tact parfait, tout ce qui pouvait rappeler le nouveau riche. On se croirait dans une grande maison de campagne, à cinquante lieues de Londres, et dans une ancienne famille établie là depuis plusieurs générations.

"Nous avons passé toute la soirée ensemble. Il laisse entièrement à mon jugement tout ce qui regarde l'illustration de mon livre. Ce que j'ai aimé dans cette maison, comme dans toutes les personnes que j'y ai trouvées, a été l'absence complète de toute affectation. Tout est homogène et je n'ai encore jamais vu une maison de campagne ayant cet aspect-là. Mon respect pour Macmillan s'est considérablement augmentée de ce qu'on ne rencontre chez lui aucune splendeur vulgaire: rien ne parle d'argent chez lui.