“Je fis en outre rassembler les habitans de la ville et port de Louisbourg, je formai de ceux de la ville quatre compagnies, et je donnai ordre à ceux du port de se renger à la batterie Royale, et à celle de l’isle de l’entrée, au signaux que je leur fit donner.
“Le 9 avril nous aperçûmes à l’éclaircy de la brume, et parmi les glaces vers la Pointe Blanche, quatre battimens, le premier ayant tiré quelques coups de canon, l’islot lui répondit d’un coup, et le battiment l’ayant rendu sur le champ, cela nous confirma dans l’idée que c’étoient des François qui cherchoient à forcer les glaces pour entrer dans le port. D’ailleurs ils profitoient des éclaircis pour s’y enfourner vers le port, et cela nous assuroit pour ainsi dire, que ce n’étoit pas des corsaires, mais bien des François.
“Etant dans le doute si c’étoit des basttiments François ou Anglois, j’envoyai ordre à Monsieur Benoit, officier commandant au port Toulouse, de dettacher quelqu’un de confiance à Canceau, pour apprendre s’il y avoit des basttiments, et si on y travailloit, ou s’il y avoit apparance de quelque entreprise sur l’isle Royale.
“Monsieur Benoit dettacha le nommé Jacob Coste, habitant, avec un soldat de la garnison et un Sauvage, pour faire quelques prisonniers au dit lieu. Ces trois envoyés mirent
pied à terre à la Grande Terre du costé de Canceau; ils eurent le bonheur de faire quatre prisonniers anglois; et revenant avec eux, les prisonniers se rendirent maitres de nos trois François, un soir qu’ils étaient endormis, et nous n’avons pu apprendre aucune nouvelle ni des envoyés ni de l’ennemy.
“Je fus informé, le 22, par deux hommes, venus par terre du port de Toulouse, qu’on entendait tirer du canon à Canceau, et qu’ils travailloient au rétablissement de cette isle, et un troisième arrivé le soir, m’assura avoir été témoin d’un grand combat sur le navire St-Esprit, qu’il avoit vu venir du large trois vaisseaux sur quatre qui étoient pour lors à cette coste, et que le feu ayant commencé après la Jonction de ces bastimens, il avoit duré bien avant dans la nuit, ce qui nous engageoit à nous flatter que nous avions des vaisseaux sur la coste.
“Le 30 du d. nous vîmes sept vaisseaux parmy les glaces, dont il y avoit quatre vaisseaux, deux corvettes et un brigantin, et ils se sont tenus ce jour vers les isles à Dion, sans pavillon, ni flamme.
“Ces battiments continuèrent à se faire voir pendant quelques jours, depuis la Pointe Blanche jusques à Port de Noue, sous pavillon blanc, et les glaces s’étant écartées de la coste, nous apperçûmes, le 7 mai, un navire qui faisait route pour le port; il y entra heureusement; ce navire venoit de St Jean de Luz, commandé par le Sieur Janson Dufoure; il nous apprit qu’il avoit été poursuivi la veille par trois vaisseaux, qu’une frégatte de 24 canons l’avoit joint, et qu’il s’estoit sauvé, après un combat de trois volées de canon et de mousquetterie.
“Le 8 à la pointe du jour, nous eûmes connaissance de tous les vaisseaux au vent du port dans la partie du sud-ouest, ce qui nous occasionna une alerte, les signaux ayant été faits, les habitans de Lorembec et de la Baleine, qui
étoient les plus proches de la ville, s’y rangèrent aux postes qui leur étoient destinés, ainsi que les habitans de la ville et du port, le même jour ces vaisseaux prirent à notre vue deux caboteurs frettés par le Roy et qui venoient du port de Toulouse chargés de bois de corde pour le chauffage des troupes et des corps de garde, ils prirent aussy une chaloupe qui venoit des Isles Madame chargée de gibier.