“Les canons de la porte Dauphin et ceux du flanc droit du Bastion du Roy, ne joignant pas bien la batterie que l’ennemy avoit fait sur les hauteurs de Francœur à la porte Dauphine, on perça trois embrâsures à la courtine de la grave pour battre à revers la batterie de l’ennemy de la hauteur de Francœur. Ces trois embrâsures où on avoit placé du canon de 36 furent ouvertes les 30 mai, et firent un effet merveilleux; le premier jour on leur démonta un de leurs canons, et leurs embrâsures furent toutes labourées, cela n’empêcha pas le feu continuel de l’ennemy, et quant à la batterie ce que nous défaisions le jour, ils le refaisoit la nuit.
“Le même jour, sur les trois heurs, nous eûmes connoissance d’un gros vaisseau qui donnoit chasse à un senau et ensuite qui se battoit avec le dit senau et une frégatte à environ 4 lieues du fort vers le sud-est, en même tems trois vaisseaux ennemis, qui étoient en passe vers le Cap Noir et la pointe Blanche, courrurent dessus; le gros vaisseau après s’être battu longtems prit la chasse sans doute quand il eut connoissance des trois qui courroient sur lui, et nous avons entendu tirer du canon jusque vers les 9 à 10 heures du soir, nous avons appris depuis que ce vaisseau étoit le Vigilant.
“J’ordonnai qu’on tirât de la poudrière du Bastion Dauphin les poudres qui y étoient et les fis transporter sous la poterne de la courtine qui est entre le Bastion du Roy et celui de la Reine.
“Comme l’ennemy avait coupé par les boulets de la batterie de Francœur, les chaines du pont levi de la porte Dauphine, j’ordonnay aussy de couper le pont de la dite porte.
“Le canon de l’ennemy de la batterie de Francœur qui
battoit le flanc droit du bastion du Roy, faisant beaucoup de progrès et entr’autres aux embrasures, je fis commencer à faire percer le mur de la face du bastion Dauphin de deux embrasures, pour y mettre deux canons, cet ouvrage malgré la mousqueterie que l’ennemy tiroit toujours, fut mis en état et notre canon a tiré et fut servi autant qu’on pouvoit désirer sur celui de l’ennemy.
“L’ennemy a aussi étably une batterie de cinq canons sur les hauteurs des Mortissans et a commencé à tirer le 2 juin des boulets de 36 et 42, en brèche sur le bastion Dauphin et sur l’éperon. La guérite a été jetée à bas, et une partie de l’angle saillant, le même jour. Cette batterie a déboulé l’épéron de la porte Dauphine en ses embrasures, lesquelles ont été racommodées plusieurs fois, autant bien qu’on pouvoit, à pierre sèche, avec des pierres de taille et des sacs de terre.
“Le même jour l’escadre ennemye s’augmenta par l’arrivée d’un vaisseaux d’environ 40 à 50 canons, et nous vismes aussy, parmy cette escadre, un vaisseau désemparé, qu’on nous a dit depuis être celui que nous avions vu se battre le 30 may.
“Le 5 l’ennemy a envoyé vers les deux heures du matin de la batterie royale, un brulot qui s’est échoué à la calle Frédéric oû il a brûlé sur une göelette, il n’a pas fait d’autre mal, quoiqu’il fut chargé de matières combustibles et de bombes qui firent leur effet; toutes les batteries de l’ennemy ne cessèrent point de tirer, pendant ce temps nos gens étoient comme de coutume tout le long des remparts et du quay, à essuyer ce feu avec intrépidité.
“La nuit du 6 au 7 nous eumes une alarme générale de l’isle de l’entrée; l’ennemy, voulant enlever cette batterie, s’embarqua au nombre de 1000 sur 35 barques, 800 autres venant derrière devoient les soutenir. La nuit étoit très obscure et faisoit une petite brume.