“Ces premiers furent mettre pied à terre, les uns à la
Pointe à Peletier, les autres vis-à-vis le corps des casernes, et le surplus au débarquement de la dite isle; l’ennemy en debarquant commença à crier hourrah par trois fois; ils attachèrent même environ 12 échelles aux embrasures afin de les escalader, mais Monsieur D’Aillebout, qui commandoit à cette batterie, les reçut à merveille; le canon et la mousqueterie de ceux de l’isle fut servi au mieux, toutes les barques, furent toutes brisées ou coulées à fond; le feu fut continuel depuis environ minuit jusqu’à trois heures du matin.
“Le dit S D’Ailleboust ainsy que les Srs Duchambon, son Lieutenant, et Eurry de la Perrelle, son enseigne, étoient les premiers à monter sur les embrasures et faire feu sur les ennemis pour montrer à leurs soldats l’exemple, et aux autres qui étoient avec eux à la dite batterie.
“Les soldats firent même plusieurs fois descendre leurs officiers des embrasures, leur alléguant qu’ils ne devoient point ainsi s’exposer, qu’ils n’avoient qu’à les commander et qu’ils en viendroient à bout; à la fin l’ennemy fut contraint de demander quartier. Les huit cents qui devoient soutenir les premiers n’osèrent pas s’approcher et s’en furent: on fit 119 prisonniers, plusieurs blessés sont morts la même journée, et l’ennemy a eu plus de 250 de tués, noyés ou de blessés, ne s’étant sauvés, au rapport de nos prisonniers qui étoient à la batterie royale, que dans deux barges qui pouvoient contenir environ 30 hommes, parmy lesquels il y avoit plusieurs de blessés.
“L’ennemy pouvant attaquer la ville avec des barges par le quay, j’ordonnay une estacade de mâts qui prenoit depuis l’eperon du bastion Dauphin jusques à la pièce de grave, et cette estacade a été parachevée le 11 juin. L’ennemy qui s’étoit aperçu de cet ouvrage, n’a pas cessé de tirer des canons de ses batteries, sur les travaillants, mais inutilement.
“Les ennemis ayant toujours continué leurs travaux à la tour de la Lanterne, malgré le feu continuel de bombes et de canons de la batterie de l’isle de L’entrée, il fut décidé qu’il étoit nécessaire de blinder les casernes et la boulangerie de la dite isle, et le bois manquant pour cet ouvrage le magasin du Sieur Dacarrette fut démoli pour cela.
“Le feu continuel des batteries de l’ennemy ayant démoly les embrasures du flanc droit du bastion du Roy, où nous avions six canons de dix-huit et de vingt-quatre qui tiroient continuellement, et ces canons ne pouvant pas être servis, j’ordonnay qu’on fit aussy des contremerlons et des embrasures en bois, à quoi on y travailla avec toute la diligence possible, et ces embrasures étant parachevées le 19 juin, le canon tira toujours; mais ces mêmes embrasures n’ont pas laissé d’être démantibulées aussy par le canon de l’ennemy.
“Depuis que la batterie de martissan a été établie, elle n’a pas cessé de tirer en brèche sur la porte Dauphin et sur l’éperon. L’éperon a été tout démantibulé et racommodée plusieurs fois, ainsy que je l’ai dit ci-devant; les embrasures qui battent le long du quay ont aussy été démantelées, par cette batterie et celle de Francœur, et personne ne pouvoit rester derrière le mur du quay qui a été tout criblé, les boulets de 24, 36 et 42 le perçant d’outre en outre.
“Le 18, messieurs les généraux anglois m’envoyèrent un officier avec pavillon, portant une lettre de monsieur Warren chef de l’escadre et une autre de Monsieur de la Maisonfort, capitaine de vaisseau. Par la première ce général se plaignait des cruautés que nos François et Sauvages avoient exercées sur ceux de sa nation, et que si, à l’avenir, pareille chose arrivoit, il ne pourroit pas empêcher ses gens d’en agir de même.
“Monsieur de la Maisonfort m’apprenoit sa prise, le 30 mai, et qu’il avoit tout lieu d’être satisfait du traitement qu’on lui faisoit, ainsy qu’à ses officiers et matelots, et de punir sévèrement, etc.