“Je répondis à celle de monsieur Warren qu’il n’y avoit point de François parmy les Sauvages qui avoient usé ainsi qu’il disoit de cruauté, comme de fait il n’y en avoit pas, qu’il devoit être persuadé que je négligeray rien pour arrêter le cours des cruautés des Sauvages autant qu’il me seroit possible de communiquer avec eux, etc.

“A celle de monsieur de la Maisonfort, que je ferai défendre aux Sauvages, lorsque je pourrai avoir communication avec eux, d’en user mieux [sic] par la suite, qu’il n’y avoit aucun des François avec eux lorsqu’ils ont usé de cruautés, etc., et l’officier porteur de ces lettres partit sur le champ.

“Le 21, la batterie que les ennemis ont établie à la tour de la Lanterne de 7 canons et un mortier a commencé à tirer sur celle de l’isle de L’entrée avec des boulets de 18 et un mortier de 12 pouces, pesant 180 l. et le feu de la dite batterie n’a pas cessé de tirer jusqu’à la reddition de la place, malgré le feu continuel de celle de l’isle.

“Les batteries de l’ennemy faisant un progrès considérable, malgré notre feu des canons du bastion du Roy, bastion Dauphin, de la pièce de la grave, et de la mousqueterie à la brèche de la porte Dauphine et aux corps de garde joignants, j’ordonnai à Monsieur Verrier, ingénieur, de faire un retranchement dans le bastion Dauphin pour défendre l’assaut que l’ennemy pourrait donner par la brèche. Cet ouvrage qui prenoit depuis le quay jusqu’au parapet de la face du bastion Dauphin, fut mis en état le 24 après bien des travaux de nuit.

“Il se fit le même jour une jonction de 4 vaisseaux, dont deux de 60, un de 50 et l’autre de 40 canons, avec ceux qui

bloquoient le port. Ces vaisseaux sitôt qu’ils eurent tiré les signaux de reconnaissance s’assemblèrent et après s’être parlés, ils furent vers la baye de Gabarrus.

“Le lendemain les vaisseaux ennemis au nombre de 13 mouillèrent en ligne vers la Pointe Blanche à environ 2 lieues du port de Louisbourg. L’ennemy fit faire en même temps et le lendemain trois piles de bois pour des signaux sur les hauteurs qui sont à l’ouest du port de Louisbourg.

“Je ne puis pas m’empêcher d’informer Sa Grandeur et de lui dire avec vérité que toutes les batteries de l’ennemy soit de mortier ou de canon n’ont pas cessé de tirer depuis les jours qu’ils les ont établis, de même que la mousqueterie, sans discontinuer, de la batterie de Francœur; que toutes les maisons de la ville ont toutes été écrasées, criblées et mises hors d’état d’être logées; que le flanc du bastion du Roy a été tout démoli, ainsy que les embrasures en bois qu’on y avoit remplacées; qu’ils ont fait brèche à la porte Dauphine, le corps de garde joignant, et qu’il étoit praticable au moyen des fascines qu’ils avoient transporté pendant deux jours à la batterie de Francœur; que l’eperon joignant le corps de garde de l’officier de la porte Dauphine étoit tout demantelé, ainsi que les embrasures du quai, malgré le feu continuel de tous les canons, mortiers et mousqueterie que nous tirions de la ville et qui étoient servis avec toute la vigueur et l’activité qu’on pouvoit espérer en pareille occasion.

“La preuve en est assez évidente, Monseigneur, puisque de 67 milliers de poudre que nous avions au commencement du siège, il nous n’en restoit, le 27 juin, que 47 barils en ville, laquelle quantité m’étoit absolument nécessaire pour pouvoir capituler; nous avons aussi tiré toutes les bombes de 12 pouces que nous avions et presque toutes celles de 9 pouces.

“Je dois rendre justice à tous les officiers de la garnison,