aux soldats et aux habitans qui ont défendu la place, ils ont tous en général supporté la fatigue de ce siège avec une intrépidité sans égale, pendant les 116 [?] jours qu’il a duré.
“Passant toutes les nuits au chemin couvert de la porte Dauphine, depuis que l’ennemy avoit commencé à battre en brèche cet endroit, à soutenir les travaillants qui ôtoient les décombres sur les remparts aux portes qui leur étoient destinées, sans se reposer aucune nuit et pour le jour n’ayant pas un seul endroit pour sommeiller sans courir risque d’être emporté par les canons de l’ennemy qui commandoient toute la ville.
“Aussy tout le monde étoit fatigué de travail et d’insomnie, et de 1300 que nous étions au commencement du siège, 50 ont été tués, 95 blessés hors d’état de rendre service, plusieurs étoient tombés malades par la fatigue, aussy les remparts qui n’étoient au commencement du siège garnis que de 5 à 5 pieds, se trouvoient presque tous dégarnis le 26 de juin lorsque les habitans de la ville me présentèrent leur requête tendant à ce que les forces de l’ennemy soit de terre et de mer, augmentant tous les jours, sans qu’ils nous parvint aucun secours ni apparence d’en avoir d’assez fort pour forcer l’ennemy, il me plût capituler avec les généraux afin de leur conserver le peu qu’il leur restoit.
“Cette requête, Monseigneur, me toucha jusqu’au plus vif de mon âme. D’un côté je voyois une place telle que Louisbourg et qui a coûte bien des sommes au Roi, au moment d’être enlevée par la force de l’ennemy qui avoit une brèche assez practicable pour cela, et des vaisseaux en ligne qui s’installoient depuis deux jours.
“D’autre côté, il me paroissoit un nombre d’habitans, tous chargés de familles, au moment de périr, perdre par conséquent le fruit de leurs travaux depuis le commencement de l’etablissement de la colonie.
“Dans une conjoncture aussy délicate, je fis rendre compte
à monsieur Verrier, ingénieur en chef, de l’état des fortifications de la Place, et à monsieur de Ste Marie, capitaine chargé de l’artillerie, de celui des munitions de guerre; l’un et l’autre me firent leur rapport, je fis tenir conseil de guerre qui décida unanimement que vu les forces de l’ennemy et l’état de la Place il convenoit de capituler.
“J’écrivis une lettre à le sortie du Conseil à messieurs les généraux anglois, je leur demanday une suspension d’armes, pour le temps qu’il me seroit convenable pour leur faire des articles de capitulation aux conditions desquelles je leur remettrois la Place.
“Monsieur de Laperelle, fils, qui étoit porteur de cette lettre, me rapporta le même soir leur réponse par laquelle ils me donnoient le temps jusques au lendemain à huit heures du matin, et que si pendant ce temps, je me déterminois à me rendre prisonnier de guerre, je pouvois compter que je serois traité avec toute la générosité possible.
“Je ne m’attendois pas à une telle réponse, aussy le lendemain 27, je leur envoyai par Monsieur de Bonnaventure les articles de capitulation avec une seconde lettre, par laquelle je leur mandai que les conditions faites la veille étoient trop dures, que je ne pouvois les accepter et que c’étoit à ceux que je faisois par mes propositions que je consentirois à leur remettre la place [sic].