Grace à M. Catlin, l’anéantissement de ces intéressantes peuplades n’est plus possible: leurs mœurs, leurs coutumes, leurs usages, seront sans doute de sa part l’objet d’un travail consciencieux et approfondi, en même temps que ces pinceaux conserveront les traits et la physionomie de ces Peaux Rouges, que déjà le célèbre romancier Américain nous avait fait connaître. Non content d’avoir transporté en Europe les armes, les costumes, les tentes, et tous les instrumens qui servent à l’usage des Indiens, et qui forment un singulier contraste avec notre civilisation, M. Catlin a voulu que des monumens plus durables conservassent le souvenir de ces sauvages de l’Amérique du Nord; il a dessiné lui-même les portraits des Indiens les plus remarquables, leurs danses, leur manière de fare la chasse, et leurs expéditions guerrières.

On ne peut assez admirer comment un homme a pu tracer tant de figures et de paysages, pris sur les lieux mêmes, dans des courses souvent très longues et très fatigantes. C’est là un prodige de la science. Assis au milieu des sauvages, M. Catlin employait son temps à retracer sur la toile tout ce qu’il voyait. Aussi peut-on être assuré d’avoir sous les yeux la représentation exacte des costumes des sauvages du Nouveau-Monde. Si quelques-uns de ces portraits ne sont pas des œuvres d’art, du moins les savans leur doivent-ils l’histoire d’une tribu sauvage, détruite entièrement par les ravages de la petite-vérole. Sans M. Catlin, on ne saurait plus maintenant si elle a existé, et son pinceau l’a sauvée de l’oubli.

L’ILLUSTRATION.

La présence à Paris des Indiens Y-o-Ways donne de l’àpropos au compte rendu suivant d’un voyage chez les Indiens de l’Amérique du Nord, voyage dû à M. Geo. Catlin, auquel un séjour de huit années parmi ces diverses peuplades a permis de s’initier d’une manière complète a leurs mœurs et à leurs habitudes. Dans un livre plein d’intérêt, de faits curieux, de révélations si extraordinaires qu’on croit rêver en les lisant, il a consigné les résultats de ses investigations et des observations qu’il a recueillies sur une race d’hommes qui va s’éteignant de jour en jour, et dont, sur l’affirmation de l’auteur, il ne restera plus vestiges d’ici à peu d’années. Au charme de ces récits, M. Geo. Catlin a ajouté des dessins d’une scrupuleuse exactitude, des portraits des principaux chefs de tribus, dans leurs riches costumes que nous aurons occasion de décrire, des paysages d’un effet saisissant, des esquisses de jeux, de chasses, de cérémonies religieuses, de combats, etc., etc. On peut donc dire que le livre de M. Catlin est écrit aussi bien pour les hommes sérieux que pour les grands enfants qui aiment tent les images, comme nous avouons les aimer, et qui s’amuseront de la bizarrerie des costumes de tous ces bons sauvages.

REVUE DE PARIS.

Galerie Indienne de M. Catlin.—La salle Valentino, transformée en une sorte de Musée Indien, au moyen des cinq à six cents peintures et esquisses, exécutées toutes, d’après nature, par M. Catlin, cet énergique et courageux voyageur, durant une pérégrination de huit années, à travers l’immense territoire qui s’étend des Montagnes Rocheuses aux derniers établissemens Américains ou Mexicains,—cette salle offrait déjà un spectacle fort intéressant. M. Catlin a visité, en bravant mille obstacles et souvent au péril de sa vie, quarante-huit des tribus qui résident dans la prairie, où elles vivent dans un état de guerre perpétuel. Installé sous le wigwam de l’Indien Corbeau ou du Mandan, dans la cabane du Chérokee ou de l’Ariccara, il a exécuté chacun des tableaux de cette immense collection ayant la nature sous les yeux; aussi les présente-t-il au public plutôt comme des fac-similes identiques de la vie Indienne que comme des œuvres d’art. Ces fac-similes sont on ne peut plus expressifs et curieux.

La collection des peintures de M. Catlin se compose de trois cent dix portraits de chefs Indiens et de personnages de distinction, hommes ou femmes de différentes tribus, et de deux cents esquisses représentant les sites les plus remarquables des contrées qu’il a visitées, les danses et les cérémonies des peuplades qui les habitent, et des scènes de guerre et de chasse. C’est donc à la fois une représentation fidèle de la physionomie du pays et des mœurs et coutumes de ses habitans, représentation d’autant plus précieuse qu’elle a pour objet une race qui s’éteint (dying people), et qui s’éteint avec une rapidité qui tient du prodige.