Mais les campagnes et les villes de department de Rhône et Loire, surtout Villefranche, présente un autre esprit, et là surtout paraissent ces signes heureux, là sont entendues ces acclamations énergiques qui caractérisent le patriotisme.

A Marseille où tout annonce l’ardeur républicaine, à Marseille où l’on voit presque à chaque pas un arbre de la liberté ou une inscription civique, à Marseille où le pain, égal pour tout et de mauvaise qualité, se vend sept sols la livre, cette calamité est supportée sans murmurer, où l’on entend des plaintes contre les traîtres, les égoïstes, les intrigans; où les seuls malheurs dont on soit afflige sont ceux qui frappent la République entière, Marseille a éprouvé des convulsions violentes; mais si la répression de quelques excès de la démagogie a fait craindre à de bons citoyens que le modérantisme ne prévalût, le républicanisme n’en triomphera pas moins des passions individuelles. Croyons que cette grande cité ne dégénérera pas de sa renommée.

Nous avons à gémir sur des excès commis à Avignon et à Aix; ce qui s’est passé d’irrégulier à Toulon, relativement aux officiers de la marine, vous sera rapporté quand le comité aura fait le travail de cette partie.

Le meilleur esprit règne dans ce moment à Perpignan; la vieille antipathie nationale contre l’Espagnol, y réchauffé l’esprit républicain que le département des Pyrénées orientales avait déjà montré avec tant d’énergie le 21 Juin 1791.

Bayonne se rattache aux bons principes. Les trahisons lui ont donné de l’énergie; mais si cette place est dans ce moment menacée de près par l’ennemi, le zèle des républicains méridionaux la défendra contre les ennemis du dedans et du dehors.

Bordeaux ne cesse de fournir à la liberté et a ses armées des trésors et des soldats; elle va défendre en même temps les Pyrénées et les Deux-Sèvres.

Les intentions manifestées à Nantes ne se ressentent pas assez de l’enthousiasme civique qui doit animer dans ce moment tous les citoyens. Ses moyens auraient pu être plus efficaces; il y a du mécontentement et des craintes sur les effets des divisions intestines.

A Orléans, l’esprit public s’améliore, depuis que l’aristocratie a été frappée par la loi révolutionnaire; mais cette ville a le droit d’obtenir que les procédures faites par les commissaires soient bientôt jugées, les coupables punis et les bons citoyens rassurés.

Dans le département de l’Allier, une correspondance interceptée a fait découvrir des traînes contre la liberté, elles étaient ourdies par des prêtres déportés, de concert avec leurs agens à Moulins. Les corps administratifs, qui vivent dans la plus heureuse harmonie, ont mis en lieu de sûreté les ci-devant que leur conduite avait rendus suspects et les y font garder avec soin et humanité, jusqu’à ce que la République n’ait plus rien à craindre de ses ennemis intérieurs et de ces enfans dénaturés. Le peuple a partout applaudi à cette énergie de ses magistrats, et il les a secourus, parce que le peuple veut franchement la liberté.

A Roanne, le modérantisme est réduit en système, et dans la crise où nous sommes, cette apathie politique est le plus grand fléau de la République, qui ne peut s’établir que par le développement de toute l’énergie nationale.